Cette rubrique vous permettra de mieux connaître
les villes et vilages corses et israéliëns,
ainsi que tout ce qui se rapporte aux deux pays.
Fière et mystérieuse, la ville de Sartene souffre des mots communs aux cités de l'intérieur, elle voit s'offrir à elle de réelles perspectives de développement, grâce à son riche patrimoine historique et naturel.
Sartene ne se livre pas facilement. Lady Carrington écrivit de très belles pages sur la Corse.
Mais à propos de Sartene, elle confia combien la ville lui semblait mystérieuse à déchiffrer.
Soupçonnant de ne pouvoir y parvenir même en y restant longtemps elle n'alla pas loin dans sa recherche.
En matière littéraire, le choix de Sartene se limite à Prosper Mérimée et sa phrase reprise comme slogan touristique "Sartene la plus corse des villes corses". Si elle flatte l'honneur des Sartenais, elle réduit la perception de la cité dans une optique hiérarchique qui ne repose que sur le sens des formules dont l'auteur de "Colomba" usa et parfois abusa.
La Sartene d'aujourd'hui compte 3500 âmes, il oscille entre ville et village, saison estivale et longs mois d'hiver, centre administratif et station touristique, entre intérieur et littoral...
La micro-société de la place Porta.
Pour découvrir le coeur de Sartene, c'est dans son centre ville qu'il faut le chercher. Le voyage ne saurait commencer ailleurs que sur la place Porta, elle continue à jouer son rôle d'agora méditerranéenne . Lieu de débats, de rendez-vous, de rencontres de polémiques, elle rassemble toutes les générations de Sartenais .Toute une micro-société s'y agite avec ses rituels, ses non-dit, ses messages que seuls les initiés peuvent déchiffrer. A toutes les heures , dans les cafés ou sur les pavés. Oisifs, travailleurs, prennent autant de plaisir à deviser sur cette agora à laquelle ils sont viscéralement attachés. La vie politique est naturellement au centre des discussions, et chaque décision de la municipalité y est abondamment débattue.
Le mot " vie publique " y prend, plus qu'ailleurs tout son sens.
Pour entrer plus profondément dans le coeur de Sartene, mieux vaut emprunter les escaliers qui mènent , entre l'église et la mairie, à une rue au nom peu commun : la rue du Purgatoire. Elle fut baptisée ainsi selon le voeu d'une Sartenaise qui avait fait don d'une bâtisse à la paroisse . Elle y tenait comme une sorte de prière offerte aux âmes du Purgatoire. A sa sortie de l'église, Vendredi Saint, le Catenacciu a ainsi deux options, l'une mène à la rue du Purgatoire l'autre vers son chemin de croix , donc, selon la tradition chrétienne, vers la Rédemption.
Sartene va ainsi , pétrie de contradictions. Elle dispose de 33 km de côte, mais toute son histoire et son présent sont ceux d'une ville de l'intérieur. Elle possède l'un des deux plus grands territoires de France (22 000 hectares) mais la commune ne possède en propre que quelques acres.
Un centre d'art polyphonique.
Terre d'élection du mégalithisme, elle n'a toujours pas réussi à mettre en valeur son patrimoine qui abrite pourtant les plus beaux gisements de menhirs de Méditerranée occidentale. L'ouverture prochaine du nouveau musée départemental pourra permettre d'y remédier c'est en tout cas ce que l'on espère. Il est situé dans un des des anciens quartiers de Sartene, autrefois l'un des plus peuplés.
Il est des images de l'enfance qui ne s'effacent pas. Les miennes sont indissociables de ce quartier de la Caserne, comme on l'appelait. Du nom de la caserne militaire Monteymard qui après des années de déshérence fut transformée en hôpital et bientôt, alors que la santé a émigré hors des murs de la ville à Cacciabeddu, sera réhabilité en centre d'art polyphonique.
Dans ces années soixante, Sartene était en train de se transformer radicalement sans que l'on ait sans doute conscience de la profondeur des changements.
Gamins nous étions attirés, comme les mouches par le lait, par l'atelier de Zi Filicianu, u scarpariu . Du matin au soir, dans deux pièces dépourvues d'électricité, il travaillait le cuir, fabriquait des chaussures . Pour nous le rituel était quotidien. Invariablement , nous poussions sa porte, d'où se dégageait une forte odeur d'acide, nous nous installions sans mot dire, à distance respectueuse . Il ne disait rien nous laissant faire, sans même nous intimer l'ordre de se taire ou de se tenir tranquille. Il savait que c'était inutile. Car après dix minutes d'observation religieuse de ses mains et de ses outils, l'enthousiasme juvénile nous forcer à entamer un bavardage incessant, à poser un flot de questions... et nous nous retrouvions immanquablement sur le pavé, chassé par les imprécations de Zi Filicianu, incapable de supporter plus longtemps nos incessants piaillements Mais nous ne pouvions lui! en vouloir : pendant des années, Zi Filicianu a chassé les enfants de son atelier, mais il ne leur a jamais dit de ne plus y revenir...
Ces figures ont aujourd'hui disparu et nous ne risquons pas d'entamer un long monologue nostalgique de temps qu'ils ne sont plus. Simplement pour dire que derrière les murs austères de Sartene, se tiennent des centaines d'histoires comme celles là qui ramènent à la réalité d'une communauté encore vivante. Il y a, à Sartene, une véritable manière d'être qui n'appartient qu'à elle.
Unie autour de valeurs partagées .
Si cette communauté peut, comme dans chaque famille, se disputer et se déchirer, par exemple lors de municipales, elle sait encore se retrouver sur des valeurs partagées. Même si l'individualisme constitue, ici aussi, le prix à payer du modernisme, le sentiment d'appartenance à un réseau de solidarité et d'entraide demeure encore vivace.
On le ressent bien à l'occasion des deuils et D ieu sait si celle-ci se présente souvent dans une population dont l'âge moyen est bien supérieur à la norme régionale. "Sartene est une ville qui se meurt " affirmait d'ailleurs, désabusé, un homme d'église lassé par le nombre d'enterrements qu'il devait célébrer... alors que les baptêmes se comptent sur les doigts de deux mains.
L'espoir des jeunes générations.
Mais il reste de sérieux motifs d'espoir pour croire dans l'avenir. D'abord, dans les forces vives de la cité : de jeunes entrepeneurs ont repris dans le bâtiment le flambeau laissé par le père, et démontrent une réelle volonté de travailler. Les services à la population sont appelés à se développer, notamment pour les personnes âgées à travers un réseau gérontologique et un service de portage de repas dont la nécessité paraît évidente. En agriculture, la récente construction du barrage de l'Ortolo et le développement de l'irrigation a replacé la vocation agricole de la commune dans un contexte plus favorable. La viticulture s'inscrit sur la voie du renouveau. Le tourisme semble prendre de l'essor avec la construction de nouveaux hôtels et résidences. Le développement du tourisme vert commence à prendre de l'essor avec l'ouverture des gîtes.
Tout cela se fait à rythme que d'aucuns jugeront trop lent, trop risqué pour les autres, sans espoir pour les plus pessimistes. Mais qui reflète simplement, la volonté partagée par une population soucieuse de son avenir : changer sans perdre son âme.