Cette rubrique vous permettra de mieux connaître les villes et vilages corses et israéliëns, ainsi que tout ce qui se rapporte aux deux pays.
 
COLLECTIF DEFENSE DE LA CORSE ET DES LIBERTES

Face aux attaques incessantes, aux insultes et à la désinformation systématique dont souffrent la Corse et les Corses, des associations ont décidé de s’unir afin de faire front contre ce qui apparaît de plus en plus comme une machination orchestrée.

Pour endiguer ce déferlement de haine, l’Observatoire Corse Corsu et Fieru, l’Association Défense des Intérêts Fondamentaux de la Corse et des Corses, la Fédération des Associations Corses de Paris-Ile de France, Veghja Paisana, Voce Populare, E Tre Piazze se sont regroupés au sein du Collectif Défense de la Corse et des Libertés dont la création a été officiellement annoncée le 18 juin dernier. Le Collectif reste ouvert à toute association se reconnaissant dans cet objectif.
Francis Nadizi, président de Corse-Israël et secrétaire général de l’association E TRE PIAZZE représente le président Francis Luciani au sein du Collectif.

Le samedi 29 juillet, le Collectif a tenu une conférence de presse à l’hôtel Napoléon à Ajaccio, sur le thème :

« Quelle reconnaissance juridique pour les Corses ».

Jeanne Marie Siméoni , Présidente de Veghja Paisana et porte-parole du Collectif nous a transmis le compte rendu de la conférence de presse.

 

 

« Dans de nombreux articles de presse récemment parus, l’accent était mis sur l’importance d’obtenir en justice une condamnation qui deviendrait exemplaire pour mettre un cesse aux propos anti-corses devenus monnaie courante. Le Collectif Défense de la Corse et des Libertés se proposait donc, au cours de cette conférence de presse de faire un point juridique, à partir du dernier jugement rendu relatif à la plainte pour injures racistes anti-corse par l’Association Défense des Intérêts Fondamentaux de la Corse et des Corses (Président : Alain Spacenski-Sirinelli), sur les possibilités encore ouvertes aux Corses pour se défendre. Cette plainte avait été déposée contre Eddy Michel (de son vrai nom : M.Moine), qui avait déploré que son ami Michel Sardou se soit retiré dans « une île de crétins » et Paris-Match qui avait reproduit ses propos.

 

Le dossier, défendu par maître Lucien Feli, s’est conclu, comme ceux qui l’avaient précédé, par un non-lieu ; il est actuellement en appel. M.Paul-Michel Castellani-Leandri, président de l’Observatoire Corse Corsu e Fieru, présentait M. Simola, substitut à la retraite et chargé du service juridique de l’Observatoire. Celui-ci a retracé l’évolution du dossier corse, en faisant l’historique des plaintes déposées par quelques associations ( toutes déboutées) et en analysant les causes de leur rejet. L’accusation de racisme ne pouvant être reconnue, (absence pour les Corses des caractéristiques définissant une race) demeurait la piste de la reconnaissance ethnique, recevable (avec confirmation de l’Académie Française), d’après la définition du terme dans le dictionnaire ou, dernier recours, celle d’une minorité à définir : les Corses d’origine, seuls à être victimes de propos discriminatoires. On retiendra de cet exposé extrêmement complet, que les Corses, bien qu’un vote de l’assemblée nationale ait été à deux doigts de les reconnaître comme peuple (ce qui crée d’ailleurs un précédent juridique exploitable), voient leur espoir d’être identitairement reconnus sans cesse révisé à la baisse.

 

Les attendus du jugement du procès jugé en mars dernier méritent d’être cités in extenso tant ils sont éloquents : « l’expression « île aux crétins » ne vise pas avec précision un groupe déterminé. A supposer que les lecteurs de l’article incriminé parviennent à identifier la Corse au travers de cette expression, cette évocation indirecte de ce territoire, qui désigne un département français dans son entier, ne suffit pas à y désigner un groupe susceptible d’être qualifié d’ethnie, nation, race ou religion déterminée auquel le qualificatif de crétin pourrait s’appliquer. La population résidant dans ce département de la république y est diverse, comprenant des citoyens dont les ancêtres sont natifs depuis des temps plus ou moins anciens de l’île, mais également des rapatriés d’Algérie, des citoyens originaires du continent, des travailleurs étrangers, etc… Dans ce contexte, l’usage du terme crétins, ne peut par nature s’apparenter à une injure à caractère raciste, puisqu’il renvoie à une île, la Corse, qui, en elle-même ne peut être assimilée à une nation, à une ethnie, une race et encore moins une religion. En conséquence, non-lieu sera requis. » Le 7 mars 2005 , ordonnance de non-lieu par le tribunal de grande instance de Nanterre. 

 
C’est à dire que les Corses d’origine sont dès aujourd’hui considérés comme une petite partie des habitants de la Corse, partie appelée d’ailleurs à se fondre et à disparaître dans le reste de la population de l’île. Toute prétention identitaire venant d’une population déjà très mélangée apparaît donc infondée.. Le Collectif tient à souligner que ce jugement, le dernier rendu, colle de trop près à une réalité médiatique qui tente de s’imposer à tous, pour qu’on le traite avec légèreté : Corse de cœur, d’adoption, de passage, d’origine étrangère, continentale, il n’y a plus que des Corses sur l’île ; et dans le même temps, l’identité corse est dissoute ; elle sera désormais tolérée comme une teinte de folklore ou d’exotisme, et les Corses d’origine, porteurs du passé de l’histoire et du patrimoine insulaire renvoyés à leur juste place, celle d’une petite colonie en voie d’extinction.
 


Une prise de conscience s’impose, en même temps que la nécessité de ferrailler pour que la vraie réalité, plus dérangeante, ait droit de cité : les Corses existent encore ; ce sont ceux-là même qu’on insulte et qui se sentent insultés ; et il faut continuer à croire qu’il est possible de le prouver en justice. M.Simola indiquait ainsi en conclusion que d’un jugement à l’autre la cour pouvait infléchir les sentences rendues en fonction des argumentaires et du contexte. Maître Feli revenait sur les combats menés et ceux en cours, M.Spacenski-Sirinelli et M.Castellani-Leandri sur leur détermination à relever le gant. Les politiques corses, de leur côté, devraient cesser de jouer la politique de l’autruche et se préoccuper d’un enjeu qui peut encore sembler essentiel à un certain nombre de leurs électeurs.