Cette rubrique vous permettra de mieux connaître les villes et vilages corses et israéliëns, ainsi que tout ce qui se rapporte aux deux pays.
           
Ancienne capitale du roi Théodore 1er
VOYAGE AU CŒUR DE CERVIONE

Cet important village peut être fier de sa richesse historique et culturelle. Mais aussi, au présent, de sa qualité " de vie dont témoigne sa grosse activité associative. Ca " bouge " au pied du Monte Castellu et beaucoup de bourgs devraient s'inspirer de son dynamisme.

Un palais, une citadelle.
Passé, présent, futur. La richesse de Cervione se conjugue décidément à tous les temps. Arpenter ses ruelles revient ainsi à sentir sur soi le souffle de personnages épiques qui ont marqué l'Histoire de la Corse.
Mais c'est aussi aller à la rencontre d'hommes et de femmes qui, pour avoir la mémoire de leur village chevillée au corps, sont aussi résolument tournés vers les choses de leur temps.
Enfin, l'omniprésence de la culture en ces lieux, servie par un fort potentiel humain, est aussi un gage d'avenir pour cette commune qui, depuis 30 ans, a rarement eu le moindre … train de retard.
Dans bien des domaines, c'est au contraire dans les wagons de tête que l'on reconnaît celui portant son blason !
Administrée depuis 1995 par Pierre Louis Nicolaï, cette commune renvoie donc d'abord l'image d'un haut lieu du patrimoine.
L'héritage de deux personnages clés est bien présent. Alexandre Sauli comme Théodore de Neuhoff ont effectivement contribué à faire de Cervione un grand pole d'intérêt historique.

 
Dix sept évêques, un roi
Mais depuis plus de trente ans, c'est aussi l'ADECEC qui a su faire en sorte que ce village, riche jadis d'un palais -épiscopal puis royal - renforce plus qu jamais sa position de citadelle culturelle.
Naturellement, un tel voyage au cœur de cette localité aurait souffert qu'il n'en soit pas dit davantage sur les deux personnages précités, et qui font que Cervione a, à deux périodes bien distinctes, occupé une place privilégiée dans l'Histoire de l'île.
Au titre, d'abord, de bastion de la religion catholique. Et ce, par la volonté d'Alexandre Sauli qui décida en 1578 de fixer à Cervione la résidence des évêques d'Aleria.
La construction d'une cathédrale -Saint Erasme - d'un palis épiscopal et d'un séminaire accompagnera cette installation, avec le développement du bourg que cela sous-entend.
Sans s'attarder sur le riche patrimoine religieux datant de cette époque.
Rappelé à Pavie par le pape Grégoire IV en 1591, Alexandre Sauli s'éteindra un an plus tard, puis sera béatifié en 1741 et canonisé en 1904.
Ce n'est qu'à la révolution française que Cervione cessera d'être une résidence d'évêques, après que dix sept mitres s'y soient succédées.
 

Un siècle et demi plus tard, la localité pris une dimension plus grande encore en devenant capitale de la Corse, au plan politique cette fois.
Proclamé roi de l'ile lors d'une consulte qui eut le couvent d'Alesani pour théâtre le 15 avril 1736, le mystérieux baron allemand Théodore de Neuhoff, le choisit en effet pour y installer son trône.
Duquel il vacilla au demeurant très vite puisqu son règne fut éphémère. Tous comme sont restés très obscurs, aujourd'hui encore, les tenants de sa prise d'un pouvoir déjà marqué du sceau de la démocratie. D'où sa popularité …


Une radio, un musée, des services pédagogiques et informatiques, etc
La référence ADECEC

Au travers de ses nombreuses activités, cette association ne se contente pas d'enrichir la vie de la commune et du canton. C'est en fait à tout le patrimoine de la Corse qu'elle s'intéresse.
Dire que la création de l'ADECEC (en décembre 1970) puis le développement incessant de ses activités ont bouleversé la vie de la population cervionnaise, relève du lieu commun. Incontestablement, cette association a redonné une âme au village. Et c'est bien au-delà des frontières de la Costa Verde qu'est perceptible l'impact de son travail. Omniprésente dans tout ce qui se fait de beau et d'utile, l'ADECEC répond ainsi parfaitement, de par son rayonnement, à l'appellation de " plaque tournante ".
Mieux : dans son combat pour la sauvegarde de tout ce qui a trait au patrimoine corse ; c'est un intérêt d'ordre régional que revêt sa démarche.
Une véritable action d'utilité publique !

Une démarche salutaire.
A ce stade de notre portrait de cette structure polyvalente et unique en son genre, il n'est pas inutile de rappeler aux uns et de dévoiler aux autres la signification de son sigle…
Association pour le Developpement des Etudes archéologiques, historiques, linguistiques et naturalistes du Centre-Est de la Corse : tel est donc l'intitulé exact choisi par la trentaine de pionniers (pour la plupart enseignants) qui, voici 35 ans, choisirent de refuser à leur manière la fatalité d'un appauvrissement - annonciateur de maux encore plus terribles - de ce qui fait le patrimoine de notre île.
En premier lieu, sa langue. Et au travers d'elle, toutes les notions de convivialité, de solidarité entre les générations et de richesse associative, en proie à l'époque aux méfaits d'une grave crise identitaire. En ce début des années 70, les temps sont effectivement durs pour ceux qui aspirent à voir la Corse conserver son authenticité, cultiver ses valeurs, protéger son capital culturel. Mais certains s'emploient à réveiller les consciences par le biais de combat de différentes natures. La création de l'ADECEC s'inscrit dans cette démarche salutaire …

Une fierté légitime.
Même si celles et ceux qui l'animent ne sont pas des adeptes de l'autosatisfaction, l'ADECEC peut être fière aujourd'hui. Fière d'avoir, par l'éclectisme de ses activités, su rallier tout le monde à sa cause, par delà les clivages et sensibilités politiques. Fière d'avoir, soit initié, soit indirectement donné une impulsion nouvelle à toutes les initiatives liées à la sauvegarde du patrimoine. Fière d'avoir, derrière ce souci de protéger la mémoire d'une île, toujours su vivre avec son temps et même à l'avant-garde, comme en témoigne sa faculté à être toujours à la pointe des technologies nouvelles de l'informatique et de la communication. Fière enfin de l'esprit militant intact qui veille à ce que son musée, sa radio et sa structure pédagogique (cours de langue corse, conférences, édition de nombreuses brochures, etc …) maintiennent la flamme. Avec un rayonnement régional qui fait donc de l'ADECEC une référence en la matière. Un véritable modèle.

Quelques chiffres clés.
- 8 salariés, prés de 500 adhérents.
- 4000 entées par an pour son musée qui propose la visite audio-guidée (multilingue) de ses 14 salles où sont recensés environ 2000 objets, documents ou reproductions liés aux arts et aux traditions corses.
- 50 000 mots de vocabulaire corse dans sa lexicographie qui être aussi consultée sur le WAP au même titre que l'actualité en langue corse (bulletins d'informations).
- 16 heures d'antenne quotidienne dont 8 en direct (l'essentiel en langue corse) pour sa radio qui porte le nom de " Voce Nustrale ".

(Note de Corse-Israêl : Pour avoir une idée plus précise des activités de l'ADECEC et de son formidable travail au service de la Corse, consultez son site www.adecec.net )


Fruit emblématique du village : le combat de la noisette.
Voici près d'un siècle maintenant que le nom de Cervione est associé à la noisette.
La culture de ce fruit s'est effectivement substituée à celle du cédrat, après que le gel ait causé de graves dégâts aux vergers et encouragé les cultivateurs à " changer leur fusil d'épaule ".
Sa récolte manuelle, ses maigres besoins en eau, en engrais et en traitement phytosanitaires, sont il est vrai autant d'atouts du noisetier qui, dans la période de l'entre-deux-guerres va ainsi investir les zones humides (et donc jusque là peut propice à d'autres cultures) de la commune et de celles environnantes de la Costa Verde, du Campoloro-Moriani et de l'Ampugnani.
Après le second conflit mondial, Cervione assoit sa position de leadership de la production régionale en assurant les deux tiers de celle-ci (400 tonnes).
La noisette corse est alors à son apogée et sa renommée fait d'elle l'un des principaux produits d'exportation de l'île.
Une période faste à laquelle vont succéder des temps plus difficiles, en raison de la concurrence exercée par certains pays méditerranéens au premier rang desquels la Turquie.
Le milieu des années 70 marque donc une forme de déclin de la noisette corse, illustrée par la forte diminution de sa production. Et c'est dans le cadre d'une revalorisation de cette filière, symbolique d'une économie identitaire, que s'inscrit, à l fin des années 90 la création de l'association professionnelle " A Nuciola ".
Son objectif : relancer cette activité en s'efforçant de développer le verger existant, en assurant la promotion de la noisette au travers d'évènements ponctuels et en menant le combat au travers d'une labellisation du produit (AOC ou IGP).
Alors que le groupement de producteurs mis en place gère aujourd'hui de façon plus cohérente la production locale (de l'ordre généralement de 120 à 150 tonnes annuelles) A Nuciola appelle désormais de tous ses vœux la création d'une structure collective de transformation du fruit. Une fois cet outil obtenu, de nouvelles activités pourront en effet être développés pour une valorisation optimale de la filière.

(Site internet de A Nuciola : www.nuciola.fr.fm )

 
           
Textes : Jean Paul CAPPURI
Avec l'aimable autorisation de La Corse : votre hebdo.