Cette rubrique vous permettra de mieux connaître
les villes et vilages corses et israéliëns,
ainsi que tout ce qui se rapporte aux deux pays.
Voyage
au cur de Calenzana.
Grâce à la vitalité de
son tissu économique et de sa démographie,
près de 1800 habitants, et sa proximité
de Calvi, Calenzana peut affronter sans trop
de difficultés l'hiver, souvent synonyme
de léthargie dans nombre de villages
corses.
Terre de traditions, cette commune, qui possède
l'un des plus vastes territoires de France,
a su développer une identité qui
lui est propre.
Située non loin de Calvi - une poignée
de kilomètres seulement séparent
les deux commune, Calenzana aurait pu s'endormir
sur le profit qu'elle pouvait tirer de cette
proximité. Mais tout en cohabitant harmonieusement
avec la grande voisine, cette commune a su s'affranchir
du statut de cité dortoir en développant
sa propre identité, fruit du passé
- forte en 1770 de 4000 habitants, Calenzana
n'était-elle pas alors la troisième
localité de Corse ? - du dynamisme et
de la diversité de son tissu économique.
" Si Calvi est le cur du bassin de
vie, Calenzana en est le poumon, résume
ainsi le maire Pierre Guidoni dont l'objectif
est de faire franchir, prochainement, à
la population (qui avoisine actuellement les
1800 âmes) le cap des 2000 habitants grâce
à la mise en place du Plan local d'urbanisme
et de projets immobiliers.
Autre atout : la variété et l'étendue
de son territoire qui représente plus
du quart de la Balagne. Avec une superficie
d'environ 18200 hectares, la plus importante
de Haute Cirse, la commune se hisse au deuxième
rang régional ( derrière Sartene)
et au quatrième rang national ! Rien
d'étonnant dès lors à ce
que ce territoire entouré d'une douzaine
de sommets, dont un quart fait partie du Parc
naturel régional de Corse, recèle
un environnement naturel de grande qualité
qui attire nombre d'amateurs de randonnées
pédestres : 10 000 nuitées ont
été enregistrées l'an dernier
dans le gîte d'étape municipal
qui comprend 30 places en chambres et 50 emplacements
de tentes.
Point de départ du mythique sentier de
grande randonnée GR 20, ce village, porte
de la Haute Balagne, niché à 250
mètres d'altitude au pied du Monte Grosso,
et point de passage obligé des circuits
touristiques de découverte, marque ainsi
le début du sentier " Tra mare e
monti ", qui conduit à Cargese par
le balcon montagneux de la façade littorale
du Parc, offre de belles promenades à
travers les 4000 hectares de forets de la Bonifatu
et de la Flatta, et vers les villages de Moncale,
de Zilia et Monte Grossu.
La montagne est aussi indissociable de Calenzana
(où siège tout naturellement la
Maison du GR 20). " Notre ambition est
de rendre à la commune son statut de
moyenne montagne afin de lui donner de la valeur
ajoutée, souligne ainsi Pierre Guidoni,
et nous espérons que le territoire communal
fera, un jour, partie intégrante du Parc
". Mais les 26 kilomètres de cotes,
dont la remarquable baie de Crovani, démontrent
également le caractère diversifié
des richesses naturelles.
Pays de bergers
Ce territoire a toujours été au
cur de la vie économique locale
qui, hormis la parenthèse industrielle
de lamine d'argent et de cuivre de l'Argentella
de 1873 à 1930, s'est longtemps articulé
autour de l'agropastoralisme et de la production
d'un fromage dont la force de caractère
a largement franchi les frontières de
Calenzana.
Tel est le cas dans la vallée de Marzulinu.
Dans cette plaine aux paysages à la fois
austères et chaleureux, le temps ne semble
pas avoir de prise ; les mêmes gestes
sont répétés inlassablement
d'une génération à l'autre.
Le pastoralisme fait en effet partie du paysage.
" Qui n'a pas été berger
à Marzulinu ? questionne Marcel Geronimi
qui est à la tête d'un troupeau
de 300 brebis.
Si le nombre de bergers s'est, comme partout
ailleurs dans l'île, réduit comme
une peau de chagrin, certains perpétuent,
de part et d'autre du territoire calenzanais,
cet art de vivre et de travailler en communion
avec la nature. A Marzulinu, ils ne sont plus
que trois.
Outre Marcel Geronimi, 57 ans, deux jeunes
bergers sont également présents
sur le terrain : Antoins Massoni, 34 ans, éleveur
d'ovins, et Jean François Acquaviva,
36 ans, un éleveur de caprins qui a déjà
seize années d'expérience derrière
lui. Ils ont apporté un souffle de jeunesse
mais derrière, la relève peine
à montrer le bout de son nez. Le regret
se lit sur le visage de Mathieu Geronimi, frère
de Marcel, dont le front plissé et les
mains résument de nombreuses années
de labeur : " Nous étions encore
une douzaine il y a trente ans, dit ce berger
qui vient de faire valoir ses droits à
la retraite.
Malgré le temps qui passe et le vent
de la modernité, la tradition fait également
de la résistance au village. Depuis des
lustres, Madeleine Rutily affine des fromages
selon une méthode artisanale qu'elle
tient de sa mère. L'affinage du fromage
repose sur un tour de main dont elle connaît
le secret depuis l'age de 15 ans (elle en a
aujourd'hui 70). Si elle a aujourd'hui ralenti
son activité (à une certaine époque,
jusqu'à cinq tonnes de fromages transitaient,
dans une saison, dans les maies en pin centenaire),
Madeleine Rutily continue de rendre service
aux bergers qui ne disposent pas de caves d'affinage.
" Je continuerai tant que j'en aurai le
force ", dit-elle tout simplement.
L'art et la manière
Fromage, mais aussi charcuterie, miel, huile
d'olive et vin figurent sur le plateau des spécialités
locales. Sur le plan des saveurs, le village
est également connu pour ses " cujuelle
". Dans les boulangeries Guerini et Orsini,
on met depuis longtemps la main à la
pâte pour réaliser ces biscuits
secs au vin blanc. Une tradition reprise par
les époux Perrin, Christian et Nicole,
lorsqu'ils sont venus s'installer au village
en 1984. Ces derniers réalisent aussi,
d'après une recette du centre de la Corse,
que Nicole, originaire de Popolasca, a hérité
de sa famille, des " fritelle " tout
en légèreté.
Dans " l'atelier ", un petit local
qui abritait autrefois le bar de son grand père,
Gisèle Noesen, une ancienne secrétaire
qui a choisi, il y a une quinzaine d'années
de changer de vie et de rentrer au pays, confectionne,
avec son époux, ex porf d'anglais, cinquante
variétés de confitures artisanales
et une vieille spécialité balanine
qui ne manque pas de mordant. Des croquants
à base d'amandes qui donnent forme à
des pièces montées et qui agrémentent
mariages et baptêmes.
A Calenzana, l'esprit d'initiative est réel.
Le domaine Oresini en est une illustration parmi
d'autres. Esthète des saveurs, Tony Orsini
dirige cette exploitation qui se transmet de
père en fils depuis six générations.
Le fruit est roi dans ce temple des douceurs
où il se décline, sous le sceau
de l'artisanat, de diverses manières
(vin, liqueurs, confitures, confiseries, nougats
) et parfois de manière très
originale tel le brut pétillant à
la façon champenoise.
Bref, la Tradition est, ici, loin d'être
un vain mot. Annick Rony-Borghero fait ainsi
revivre avec beaucoup de passion celle des "
sporte ". Cette Bourguignonne a appris
l'art et la manière auprès d'un
berger de >Lumio, Jean Luc Alberti. Avec
pour simples outils ses main et un Opinel, elle
a repris le flambeau et travaille le myrte,
l'osier,le roseau, le lutarnu qui constitueront
l'ossature de paniers qu'elle vend dans les
foires rurales. Ayant choisi de se consacrer
à plein temps, depuis l'année
dernière à cette activité,
elle souhaite relancer la vannerie traditionnelle
et faire partager ce savoir-faire.
Un riche patrimoine
Haut lieu historique de la Balagne, Calenzana
arbore un joli patrimoine architectural, qu'il
s'agisse de ses monuments (dont l'originale
église baroque classée Saint Blaise
et la fontaine léguée par le prince
Pierre Bonaparte, neveu de Napoléon III
qui a vécu plusieurs années à
Caleanzana) ou de ses vieilles maisons chargées
de souvenirs que l'on peut découvrir
au gré d'une balade à travers
les ruelles.
Dans le dédale que constitue ce gros
bourg (et qui sert de cadre au Rencontres des
métiers liés à la restauration
du patrimoine), mieux vaut être guidé.
C'est ce que veut proposer Isabelle Florès,
guide interprète régional. Auparavant
basée à Bastia où elle
animait au sein de l'association " Contacts
", avec deux autres guides, des visites
dans le Cap Corse et la région bastiaise,
Isabelle, tombée sous le charme de Calenzana,
a choisi de s'y installer et de créer
une antenne de l'association dans ce village
qui combine savamment histoire, traditions,
loisirs et artisanat d'art ( les poteries de
Raku, les mosaïques de Roba ).
Chaque bâtiment est en effet riche en
histoires. La " Casazza " (l'ancienne
chapelle Sainte Croix), par exemple. C'est là
que se réunissent, depuis le XVIIème
siècle, les confrères de la Confrérie
Saint Antoine Abbé-Sainte Restitude (70
membres au total, dont de nombreux jeunes).
Guidés par le souvenir du vénérable
Bernardin, un prêtre calenzanais du XVIIème
siècle,à qui le légende
attribue des miracles, les confrères
constituent l'un des principaux piliers de la
mémoire collective calenzanaise.
Présents lors des offices et des fêtes
religieuses, ils s'évertuent à
maintenir les liens de fraternité et
de solidarité au sein de la communauté
villageoise. C'est à l'un d'eux qu'était
confiée, jadis, la noble mission de "
paceru " (juge de paix).
Le
vent en poupe
Une
ferme éolienne verra le jour vers
la fin de l'année sur le site d'Aja.
Positionnées à environ 450
mètres d'altitude dans un endroit
quasi désert et bien venté
(8m/s seconde en moyenne dans l'année),
ces dis éoliennes, d'une puissance
de 600 Kw chacune, devraient être
en mesure d'alimenter 6000 logements du
bassin de vie.
L'investissement avoisine les 8 millions
d'euros.
Ce projet a été mis sur
pied en partenariat avec Electricité
de France, par Corse Eole, une société
spécialisée dans les énergies
renouvelables. Dirigée par Ludwig
Hofmann, un ingénieur allemand
qui vit en Balagne depuis17 ans, cette
entreprise réunit plusieurs partenaires
économiques corses qui ont décidés
de valoriser le capital venteux de la
balagne.
Le projet d'une autre ferme éolienne
(sur le col de Salvi) est aussi dans les
cartons.
Un site préservé
C'est peu dire que les Calenzanais sont attachés
à leur patrimoine et à leur histoire.
Ainsi en atteste l'action de l'association des
" Amis de Sainte Restitude " qui a été
créée il y a seize ans dans le but
de " recueillir, rechercher et conserver
les témoignages de l'histoire d'Olmia (l'ancienne
pieve) et de les faire revivre ".
Présidée par Jean
Tarquiny, l'association s'est tout naturellement
intéressée à la chapelle
Santa Ristituta dont elle partage le nom : cet
édifice est dédié à
la patronne de la Balagne qui est honorée
avec ferveur chaque mois de mai. En 1989, l'association
avait initié une collecte de fonds pour
acquérir les parcelles qui constituent
actuellement l'alivettu di Santa Restituta afin
de préserver le site dont l'environnement
risquait d'être gâché par un
projet immobilier. " Cette opération
n'a été possible que grâce
à l'aide des Calenzanais du village et
de la Diaspora, rappelle Marie-Thérèse
Petrucci, membre de l'association. Trois mois
ont suffit pour réunir les fonds ".
Depuis, la préservation du site de Sainte
Restitude est inscrite dans les statuts de l'association.
Quant à la grande chapelle, elle s'est
trouvée une vocation supplémentaire,
la musique, à travers les " Rencontres
de musique classique et contemporaine "
de Calenzana organisées par l'association
MusiCal tous les mois d'août. En totale
harmonie avec le lieu, des spectacles ont lieu
à l'intérieur et à l'extérieur
de la chapelle. Le village, qui connaît
la partition (c'est là qu'est né
la formation polyphonique Fiatu Muntese), a
su montrer de manière fort agréable
que passé et présent pouvaient
être intimement liés l'un et l'autre.