Cette rubrique vous permettra de mieux connaître les villes et vilages corses et israéliëns, ainsi que tout ce qui se rapporte aux deux pays.
 
L’histoire de la Corse est aussi inscrite sur les falaises de la cité et sur les murs de sa citadelle. Ce haut lieu est l’un des plus visités d’autant que le prestige touristique de la micro-région s’étend à Figari et à Pianotolli-Caldarello. Visite commentée.

A mesure que l’on approche de la pointe extrême de l’île de beauté, on se prend à songer à la remarque de Flaubert, à peine débarqué au Caire : « J’ai acquis la certitude que les choses prévues arrivent rarement ». Dans le sud de la Corse, entre Roccapina et Bonifacio, il en est ainsi. Nulle part ailleurs qu’ici, les attentes, les préjugés touristiques ne tombent plus vite dans le passé. Ils semblent loin derrière lorsque se déroule la RN 196. Parce que l’endroit, sorte de position avancée de la Corse aux portes de la Sardaigne, s’autorise à prendre la tangente et à tourner le dos à bien des conformismes insulaires.

Pas de montagnes déchiquetées ou boisées qui cascadent dans la mer, pas de parcours sinueux avec à-pic et gorges étranglées. Juste une route qui ondoie un moment sur un terrain assez plat, longe tantôt des chênes lièges, tantôt un rivage rocheux avant de filer en ligne de fuite vers l’horizon.
 

Entre vignes et rochers
Il y a aussi cette attirance exercée sur une imagination aventureuse qu’on rencontre parfois aux confluents des mondes.
Tandis que la lumière facétieuse se fait douce, dans l’atmosphère limpide du petit matin, vibrante dès que le soleil blanchit le ciel pour donner une force pénétrante aux pierres, aux bâtisses grises des villages de Figari, de Pianotolli-Caldarello éparpillés en hameaux entre vignes et rochers.
Par endroits, le maquis bas, serré, exhale ses parfums dans un souffle tiède. C’est envoûtant, impalpable dans un silence compact, sans fêlures aux heures les plus chaudes de la journée, entre Pianotolli, Figari, jusqu’à la ville de Bonifacio. Isolée tout au bout de la Corse – le village le plus proche est à près de vingt kilomètres, celle-ci se révèle aux regards, à l’improviste, à travers un sursaut de la route. D’emblée, c’est la couleur qui étonne. Avant les maisons, les rues et les bruits. Car, il existe un blanc de Bonifacio qui vient de la teinte de son socle de calcaire blanc, énigme géographique de la Corse granitique.

 

Du haut de sa falaise en saillie, balafrée de longues stries, la cité, sorte de forteresse hésitante entre ciel et mer, somptueusement drapée de dignité massive semble tenir la pose pour servir l’art de peindre. Dans le vent  du détroit, elle prend tantôt un air de place forte maltaise, tantôt d’Angleterre en recréant à sa manière les falaises crayeuses de Douvres.
Ou bien, elle choisit de se dérober dans une volupté à peine brumeuse, sur fond de Méditerranée mystérieuse et secrète.


 
« Je suis amoureuse de cette ville »
« C’est une cité exceptionnelle par la beauté et l’étrangeté de sa situation, Bonifacio », assure Marie-José Nat. L’actrice, regard mélancoliquement serein, voix posée, branchée sur le diapason de la confidence parle de Bonifacio comme elle respire, la patine du temps ou les ânes laborieux allaient et venaient dans la ville. Elle poursuit : « Je suis amoureuse de Bonifacio, c’est le ventre de ma mère.Je suis née ici. Et même lorsque nous habitions à Ajaccio, je passais ici tous mes congés scolaires. Le matin très tôt, regardez la ville, vous verrez que quelque chose se dégage ». La cité fascine et réserve aux visiteurs des instants privilégiés. Vivante, elle vous emporte sur sa marine ou la foule à certains moments de la journée est parfois pressante.
Là, bars, boutiques de toutes sortes, restaurants se succèdent en ligne droite et s’activent. Dans le port, en face, les petits bateaux de pêche aux couleurs vives côtoient voiliers et yachts luxueux. Avec une bonne humeur inaltérable, sur le quai, les pêcheurs qui ont su préserver leur mode de vie réparent un filet, évoquent la sortie en mer de la veille. Et ils ne se feront pas prier pour vous raconter des histoires de poissons et de langoustes captivantes à plus d’un titre. Soudain, dans les parages du restaurant l’Albatros, une silhouette familière – cheveux noirs de jais, silhouette longiligne, profil taillé a la hache – surgit. Mimi Pugliesi, plutôt Ocatarinetabellatchitchix pour le grand public. Le chef corse d’Astérix en Corse, s’incarne en fragments de vie. Il cuisine avec doigté, les produits de la mer à l’Albatros.

Des plages d’exception
Du port une route, des escaliers montent à l’assaut de la Haute ville. Celle-ci ne cessera de vous surprendre par ses lieux décalés, tels la porte de Gênes, autrefois l’unique accès à la ville, dotée d’un système d’ouverture à contrepoids, les fortifications, ses successions de ruelles sombres, escarpées, à l’architecture insolite et colorée de linge aux fenêtres, les escaliers-échelles de ses immeubles, la citadelle, les anciens bâtiments militaires en attente de réhabilitation. Le jeu consiste à traverser les époques avec comme seul point de repère, la mer. Car la ville aux destins multiples et superposés brandit ses origines pisanes du coté de la citadelle, elle se montre génoise, imprenable autour des remparts. La vie se glisse dans les pages d’histoire et vous propulse dans les bars, les restaurants animés à la rencontre du vieux Bonifacio. Les saluts sont enthousiastes, les sourires larges et les poignées de mains chaleureuses.

Histoire et légendes
Ulysse et les Lestrygons
C’est au pied des falaises blanches striées de cicatrices qu’Ulysse a bien failli achever son Odyssée. Le héros d’Homère rayonnant dans l’ivresse de la conquête aurait, selon la légende, abordé avec un calme ingénu Bonifacio, « port bien connu des marins, une double falaise à pic et sans coupure se dresse tout autour, et deux caps allongés » (Chant X de l’Odyssée). Oubliés les tourments et les menaces de la mer obscure du dehors. On se réjouit à bord des navires de la flotte, on affronte paisible la terre ferme. « Pas de houle en ce creux, pas de flot, pas de ride, partout un calme blanc », note le navigateur. Mais bientôt, la cité, le port, sont ébranlées par les vociférations inarticulées des Lestrygons, les géants locaux. Ils « accourent par milliers (…) nous accablent de blocs de roche à charge d’homme ». Des pensées tragiques assaillent l’âme d’Ulysse. Le salut est dans la fuite. On coupe brusquement les amarres du navire. L’éternel voyage d’Ulysse peut continuer. Bonifacio est pétrie du souvenir de ces visiteurs célèbres. Leurs voix disparates montent du sol, se fixent, se font plus distinctes et vous appellent irrésistibles. Calmement, doucement, dans un soupir, Saint François d’Assises rempli de miséricorde divine, raconte, sans amertume, son séjour dans la ville de l’extrême sud. En 1215, il s’en revenait d’Espagne et se dirigeait vers l’Italie lorsqu’une épouvantable tempête l’obligea à s’abriter à Bonifacio. Là, il demande l’hospitalité au couvent de Saint-Julien. En vain. Les moines hospitaliers de Saint-Julien le prennent pour un vagabond et lui demandent de passer son chemin. Le Saint, épuisé trouve refuge dans une grotte à proximité. Le lendemain à l’aube, celle-ci rayonne d’une étrange clarté. Les moines assistent a la scène, stupéfaits. Leur regard brille. Plus tard, ils raconteront le miracle du Saint.
 
  Quand tombe la nuit d’été, on s’assoit volontiers à une terrasse de la haute ville et de la marine – on a l’embarras du choix – pour déguster un poisson grillé, un plat d’aubergines a la bonifacienne ou tout simplement évoquer les souvenirs des baignades de la journée.  

La vérité de la région est aussi quelque part dans une crique de rêve. Les plages d’exception se succèdent, entre Roccapina, les baies de Figari, de Rondinara, le golfe de Santa Manza ou de Sperone.
Leur beauté préservée s’offre intacte, à la manière d’un poème de sable fin et d’eau aux reflets émeraude. Il vous parlera d’immuabilité, de beauté des choses et d’éternité. Dans l’extrême sud de l’Ile, le dépaysement est total.

 
Avec l'aimable autorisation de "Corse - Hebdo".