Cette rubrique vous permettra de mieux connaître les villes et vilages corses et israéliëns, ainsi que tout ce qui se rapporte aux deux pays.
 
Commune à vocation agricole, la cité préfère depuis quelques années mettre l'accent sur ses atouts touristiques, qu'ils soient naturels ou culturels avec notamment le musée et le site archéologique.

Alalia. C'est ainsi que l'avaient nommé les Phocéens lorsqu'ils débarquèrent en 565 avant J.C sur ce bout de côte orientale pour y installer un comptoir. Ils seront supplantés en 259 av. J.C pqr les Romains qui rasèrent la cité pour en bâtir une autre du nom d'Aleria laquelle allait devenir la capitale de l'implantation romaine dans l'île. Mais l'histoire ne s'arrête pas là, elle a vu défiler ici des personnages influents, les De Matra, Théodore de Neuhoff, le Conventionnel Salicetti, grand propriétaire terrien ou l'abbé Andrei, secrétaire de Pascal Paoli, qui s'était démarqué à la Convention en s'opposant à l'exécution de Louis XVI.

Des traces sont restées de ces différentes pages d'histoire, en premier lieu le site archéologique gréco-romain qui par le jeu des transferts de compétences va être désormais placé sous la protection de la CTC et le musée départemental Jérôme Carcopino géré par le Conseil général de la Haute-Corse .

La valeur scientifique de ce patrimoine attire du monde. 52 000 visiteurs ont fréquenté le musée en 2002. Entre 220 et 250 classes sont accueillies chaque année. "Nous recevons chaque jour 4 à 5 demandes téléphoniques de renseignements et une quinzaine de lettres chaque semaine" indique Jean-Claude Ottaviani  conservateur du musée depuis un quart de siècle.

Ce dernier se réjouit de cet intérêt populaire. "La meilleure façon de sauvegarder c'est aussi de mettre en valeur et de mettre à la disposition du public les informations nécessaires sur un patrimoine qui est bien collectif " estime-t-il

Les membres de l'association Alalia ont eux aussi conscience de la valeur de cet héritage. Son président, Pierre Girardeau, s'efforce avec Marie -Antoinette Pras, d'expliquer ce passé aux visiteurs qui viennent voir les maquettes exposées dans le local de l'association.

Festa Antica

Les commerçants ont également compris l'importance que revêt le site antique d'Aleria. Sous l'impulsion de la municipalité et de la Chambre de commerce de Haute-Corse, une association des commerçants a remplacé le comité des fêtes et a mis sur pied, avec Chantal Boquel, de la CCI , une plongée dans le passé de la ville. Durant les deux journées, de la " Festa Antica " 35 commerçants s'habillent à l'antique, ainsi que les villageois, et organisent des animations. "Les retombées sont énormes" signale Jennifer Ricciardi, présidente de l'association.

La municipalité d'Aleria, consciente de l'intérêt que représente ce pôle d'attraction historique, veut également miser sur le tourisme.

Atouts naturels

Parmi les atouts naturels qui doivent être mis  en valeur, il y a par exemple la zone naturelle d'intérêt écologique faunistique et floristique (ZNNIEFF) de 300 hectares qui a été rachetée par le Conservatoire du Littoral et qui ressemble à une petite Camargue.

Ceux qui circulent rapidement sur la grande ligne droite que constitue le hameau principal de Cateraggio peuvent passer en effet à côté de certaines curiosités telles que l'étang de Diana, un plan d'eau de 560 ha qui bénéficie d'un classement en vertu de la loi sur les paysages remarquables . Réputé pour ses moules et ses huîtres, il recèle également deux îlots dont un qui représente l'originalité d'être constitué d'une agrégation de coquilles d'huîtres.





Quant au fleuve Tavignano, étant navigable sur 4,5 km jusqu'à son embouchure , la municipalité a installé,  sous le pont de Cateraggio, une mini base nautique fluviale avec un ponton flottant pour accueillir des bateaux  de plaisance et des activités de kayak.

Avec ses plages, son espace intérieur et ses infrastructures : hôtels, restaurants, un camping de 1400 places, le village se sent armé pour répondre à la demande.

Pionnier du tourisme

La situation était bien différente il y a quelques décennies de cela. Loulou Ricciardi, pionnier du tourisme à Aleria, grand danseur  avait créé en 1953, " La Frégate ", un dancing où l'on descendait de la montagne à bicyclette pour venir s'y distraire, puis un restaurant en 1957 à la limite du village. " Tout le monde me prenait pour un fou ! " clamait-il.

Cela ne l'a pas empêché de créer ensuite un hôtel, " L'Empereur ", et d'être également à l'origine avec Dominique Bernardi de " La Clé des champs ", une salle de spectacle qui en liaison avec l'Olympia faisait venir sur la côte orientale de la Corse les plus grands noms de la chanson française : Johnny, Sylvie Vartan, Charles Aznavour, Mireille Mathieu, Gilbert Bécaud, etc " Johnny a acheté la même sono que la mienne car il la trouvait extraordinaire " raconte Loulou Ricciardi.


Identité agricole

Cependant, Aleria n'oublie pas pour autant son identité agricole. "De part le nombre des exploitations 124, leur taille et la diversité de leurs productions : vigne, maïs, agrumes, productions fourragères, etc, Aleria constitue le territoire agricole le plus important de l'île " souligne Ange  Fraticelli qui est lui-même agriculteur.

Ce n'est d'ailleurs sans doute pas un hasard si l'administration pénitentiaire a choisi d'implanter sur le vaste domaine de Casabianda ( environ 1600 hectares ) , un centre de détention unique en son genre puisque les prisonniers effectuent des travaux agricoles sans le moindre mirador.

L'agriculture c'est avant tout la viticulture qui est dominée par la mastodonte économique, la cave coopérative viticole d'Aleria. Cette dernière regroupe 98 exploitants de 1500 hectares de vignes, produit 100 000 hectolitres et emploi ( avec l' UVIB ) 54 salariés rien que sur son site . En 1976 , les Vignerons avaient , dans le prolongement de la cave, créé l'Union des Vignerons de l'Ile de Beauté afin de disposer d'une plateforme commerciale commune.

Disposant de 100 marques dont son fer de lance, le " Président ", l'union exporte 30 % de sa production sur le continent et 30 % à l'étranger ( Allemagne, Belgique, Pays Bas, Danemark ). Cette réussite économique est aussi le résultat d'une aventure humaine menée par un groupe de personnes qui ont su rester solidaires malgré leurs différences, explique Jean-Marc Venturi, directeur de l'UVIB et de la cave d'Aleria.

Désormais, il ne reste plus à Aleria qu'un seul vignoble à commercialiser son vin sous sa propre étiquette : le Clos d'Orlea. François Orsucci avait fait l'acquisition de cette propriété en 1986, avait par la suite retapé l'ancienne cave qu'il a transformée en cave de vinification et depuis six ans, il vend sa production sur place. Tout  ceci est le fruit d'une passion héritée de son père. Quand on lui demande de raconter ses débuts de vigneron, il dit ne plus s'en souvenir. "Je suis né comme cà " dit-il en haussant les épaules et en harborant un large sourire.

Mais il n'y a pas que le travail de la terre. L'étang de Diana joue aussi un rôle de poids : trois sociétés, deux de conchyculture (l a SCA Sainte Marie et la SARL Etang de Diana) et une de pisciculture (Scorsa) se partagent le terrain .

La réputation des produits de l'étang n'est plus à faire : s'il est moins poissoneux qu'auparavant il se distingue toujours par la qualité de ses eaux, riches et propres qui lui valent d'être classé en catégorie A. "Le marché des coquillages se porte bien, déclarent Alain et Antoine Sanci, de la SCA Sainte Marie, deux frères qui ont été initiés à ce travail par leur grand-père, la vente est essentiellement locale à part quelques débouchés en Italie. "

Cette source économique est encore loin d'être tarie.