Corse-Israël : Nous allons parler
de votre association, mais avant tout nos internautes
aimeraient savoir qui se cache derrière cette
initiative très particulière, parlez-nous
de vous svp ...
Hayim Knopfer :
Je me suis établi avec ma famille en Israël
depuis 4 ans, auparavant, j'ai habité en France,
aux Antilles, et aux Etats-Unis.
C-I : Vous êtes un véritable
globe-trotter !
H-K : Vous connaissez
l'image du juif errant? Et bien celle-ci me correspondait
parfaitement, jusqu'au jour ou j'ai décidé
de faire mon retour aux sources en venant m'installer
sur la terre de mes ancêtres en Israël,
et de boucler une boucle qui ne cessait de s'étirer.
C-I : Vous ne vous êtes pas contenté
de vivre en Israël, vous avez pris sur vous,
d'aider les gens autour de vous ...
H-K : En arrivant en Israël,
une réalité m'est apparu insoutenable,
je me suis rendu compte que beaucoup de gens vivaient
en dessous du seuil de pauvreté et j'ai tout
naturellement voulu faire quelque chose pour leur
venir en aide.
C-I : En quoi "Tikva Market"
se distingue-t-il des autres formes d'aides sociales
?
H-K : Ils s'agit de supermarchés
d'un nouveau genre qui permettent, aux personnes les
plus démunies, de venir faire leurs courses
et de s'approvisionner dans les produits dont ils
ont réellement besoin, en toute discrétion
et en ne payant que 10% du prix indiqué.
Ainsi, un poulet valant 20 shekels ne coûte
que 2 shekels.
C-I : Pourquoi faire payer plutôt
que de donner simplement de la nourriture ?
H-K : Le geste de tendre
la main pour se nourrir, est l'un des plus humiliant.
Le fait de se retrouver un chariot à la main
à choisir ses articles et à les payer,
n'a rien à voir avec le fait de mendier ou
de recevoir gratuitement des denrées.
En arpentant les rayonnages, comme tout le monde,
le sentiment d'exclusion disparaît et c'est
alors que de nouveaux horizons peuvent s'envisager
en toute dignité.
C-I : Comment cela se passe t-il concrètement
?
H-K : Tout se déroule
dans la plus grande discrétion, deux semaines
après l'enquête, la famille nécessiteuse
reçoit une carte lui donnant droit à
une réduction et à un volume d'achat
maximum en fonction de la situation financière
et du nombre de personne.
A titre d'exemple, une famille privée de ressource
avec 3 enfants, reçoit une réduction
de 90% pour un montant mensuel de 1.500 Shekels soit
environ 260 Euros. Elle peut ainsi faire face à
ses achats en produits de base: sucre, huile, farine,
riz, pâtes
ou mieux, améliorer
son quotidien.
C-I : Comment savez-vous qu'une famille
est vraiment nécessiteuse?
H-K : Nos assistantes
sociales sont chargées de mener des enquêtes
de voisinage, et de procéder à des vérifications
très poussées lors de la visite chez
les familles.
Mais s'il est important de ne pas aider à tort,
il demeure capital de rechercher ceux, qui par pudeur
ou crainte ne se sont pas manifesté.
Et c'est là que le rôle des municipalités
entre en jeu. Car les services sociaux nous adressent
en priorité leurs cas les plus critiques.
C-I : Cette aide est-elle limitée
dans le temps ?
H-K : Effectivement, l'aide
apportée n'est que d'une durée de six
mois, car le but n'est pas de rentrer dans une logique
d'assistanat, mais d'aider activement.
C'est la raison pour laquelle dés le début,
nous informons ceux qui bénéficient
de notre soutien, que l'aide que nous leur octroyons
est limitée, de cette manière il s'opère
une prise de conscience; qu'une perche leur est tendue
pour sortir de leur situation.
Beaucoup de familles dont nous nous occupons, ont
sombré dans le désarroi à cause
d'un choc causé par la perte d'un emploi ou
à la suite de la disparition du pilier financier
de la famille.
Durant ces moment clés et imprévisibles,
un soutien d'une courte durée aurait bien souvent
permis à une famille de ne pas basculer dans
la pauvreté ou l'exclusion.
C-I : D'où est venue cette innovation
100% Israélienne ?
H-K : Lors de nos distributions
de colis de nourriture, nous nous sommes aperçu
de deux problèmes:
1/ Le caractère souvent inadapté des
cartons standardisés que nous fournissions.
2/ Le sentiment de honte que ressentait ceux qui venaient
récupérer leur carton.
C'est donc tout naturellement que cette solution c'est
imposée à nous.
Et je tiens ici à saluer tous ceux et toutes
celles qui nous soutiennent, au quotidien que ce soit
les bénévoles, les donateurs grands
et petits, les politiques et rabbins, sans qui, ce
merveilleux projet n'aurait pu voir le jour.
C-I : Auriez-vous un message à
adresser à la communauté corse?
H-K : Si vous me le permettez,
ce n'est pas à la communauté corse,
que j'aimerais m'adresser mais à tous ceux
qui ne connaissent pas l'île de beauté
et ses habitants.
Car au début de mes activités communautaires,
le premier centre de vacance que j'ai organisé
se déroulait à Calvi.
A cette époque les relations entre l'île
et le continent étaient explosives dirons-nous,
et lors de mon arrivée, ce fut plutôt
un regard méfiant, qu'une admiration du paysage
qui me préoccupait.
Rapidement je fis connaissance avec ces gens qui ont,
en autres points communs avec le peuple juif, d'être
les plus mal connus du monde.
Il faut dénoncer une grande injustice, le peuple
corse est un peuple généreux, fier et
digne, et à l'instar du peuple israélien
on peut le comparer à cette figue de barbarie,
dont les épines extérieures cachent
et protègent une profonde sensibilité.
C-I : Hayim, ce fut un réel plaisir
!
H-K : Tout le plaisir
fut pour moi et encore félicitations pour votre
site et votre association!