Corse-Israel : Francis Nadizi, vous
êtes président de l’association Corse-Israël,
pouvez-vous nous en faire l’historique et nous dire
ce qui a motivé sa création.
Francis Nadizi: L’association est
née en 1997. Elle a été portée par un certain nombre
d’amis ayant des motivations différentes. Certains
avaient visité Israël et l’accueil qu’ils y avaient
reçu les avaient profondément touchés. D’autres étaient
très intéressés par la recherche scientifique et considérait
Israël comme un pole d’excellence dans ce domaine.
D’autres encore, c’est mon cas, par souci de vérité.
Je précise qu’aucun des fondateurs n’était d’origine
juive.
C.I: Que voulez-vous dire par « souci
de vérité ».
F.N: C'est une longue histoire,
je vais essayer de la résumer. Vous n'ignorez pas
que l'imaginaire français veut que les juifs tiennent
la banque et les médias. Or, parmi mes amis juifs,
il y a un cordonnier, un employé de librairie, une
caissière de supermarché, une femme au chômage ..etc...
aucun ne s'appelle Rothschild et aucun ne possède
de groupe de presse. Soit dit en passant, si l'influence
supposée des juifs sur les médias français était aussi
réelle qu'on le laisse entendre, j'aurais alors le
plus grand mal à comprendre l'antijudaïsme à peine
voilé d'une grande partie de la presse écrite et audiovisuelle.
Ensuite, j'ai une tournure d'esprit particulière qui
m'amène à me méfier instinctivement des effets de
masse. Aussi, quand des millions de personnes en viennent
à penser la même chose, je ne peux m'empêcher de trouver
la chose suspecte.
Dans ce cas là, il faut impérativement que je sache
si cette croyance est fondée ou le fruit d'une manipulation
bien orchestrée. Je me lance alors dans des recherches
souvent longues et coûteuses, encourant quelques fois
l'affectueuse réprobation de mon épouse qui voit l'appartement
se transformer en archives.
Et pour Israël, la démarche a été la
même ?
F.N:Rigoureusement la même. Je n'ai
pas moi aussi échappé aux clichés d'un Etat dominateur.
Mais quand j'ai vu ce que représentait réellement
ce territoire, deux fois la Corse à peu près, quand
je me suis intéressé à son histoire, à son économie,
à son système politique … et surtout quand j'ai eu
entre les mains les preuves d'une véritable manipulation
à son encontre, j'ai estimé qu'il fallait que je partage
ces découvertes.
C.I: Des preuves de quelles natures
?
F.N: Interviews tronquées, photos
truquées, mise en scène à vocation de propagande,
mensonges....
C.I: Vous y allez un peu fort...
F.N: Fort ? Je suis même en dessous
de la vérité.
C.I: Avez-vous fait une campagne de
presse avec votre association ?
F.N: Non, le sujet est trop brûlant
pour l'aborder de plein fouet dans un pays où, parait-il,
la liberté d'expression est garantie à tous et où
tous les citoyens sont égaux. Pour la petite histoire,
cela n'a pas empêché, lors d'une interview, un ancien
ministre de l'Intérieur alors en exercice, de considérer
qu'en France, il était quasiment normal qu'il y ait
des citoyens " plus égaux que les autres ".
C.I: Qu'avez-vous fait de concret alors
?
F.N: J'ai organisé des petites réunions
au cours desquelles j'ai pu montrer les preuves de
la désinformation la plus éhontée contre un pays.
J'ai plus tard rédigé un document que j'ai fait parvenir
aux élus insulaires. Certains m'ont téléphoné, et
la réaction a toujours été la même : " On ne savait
pas ! "
C.I: Votre but dans tout cela ? Trouver
des soutiens à Israël ?
F.N: Pas du tout. Même si cela peut
vous choquer.
Mon but principal est de faire réfléchir les gens
afin qu'ils ne se contentent pas de l'information
médiatique brute. Car le problème dans ce pays, c'est
qu'il est très difficile, voire impossible, de faire
démentir une fausse information. Ou alors, chose rarissime,
en tous petits caractères en bas de page. Cependant,
l'image choc truquée en première page et le titre
accrocheur on fait leurs ravages. En somme, métro,
boulot, dodo...info.
C.I: Vous semblez amer contre la France.
F.N: Je ne suis pas amer, je suis
irrité et je me sens trahi.
C.I: Irrité et trahi?
F.N: Oui. Irrité, parce qu'il est
difficilement supportable de voir la France donner
des leçons de morale au monde entier alors qu'en politique
intérieure la morale n'est pas sa vertu cardinale.
Irrité aussi par la suffisance et la morgue de la
" France d'en haut " envers la " France d'en bas ".
Et trahi dans tout ce que j'ai cru : la liberté, l'égalité
et la fraternité.
Pour arriver à la situation actuelle, franchement
la France aurait pu faire l'économie d'une révolution
dont elle ne cesse de se réclamer. ?
C.I: Vous remettez en cause l'exemplarité
et l'héritage de la Révolution française ?
F.N: Quelle exemplarité? Quel héritage
? Où sont en 2004 les valeurs de 1789?
D'ailleurs tout semble tourner autour de LA Révolution
Française, comme si l'histoire de la démocratie avait
commencée à cette date.
On omet de dire que 60 ans auparavant la Corse, indépendante
à l'époque, était dotée d'une constitution démocratique
à la suite d'une Révolution visant à jeter l'occupant
génois dehors et non à ériger une classe contre une
autre ; on omet aussi de mentionner que 13 ans auparavant,
la Révolution américaine a établi une démocratie et
un système encore en vigueur.
Si nous examinons la Révolution Française qui illumine
de sa sagesse les peuples de la terre, nous ne pouvons
que constater la faiblesse de ses bases démocratiques.
Sinon comment expliquer qu'après 1789 la France ait
connu un rétablissement de la monarchie avec trois
rois successifs, deux Empires, un Etat français et...cinq
républiques.
C.I: Vous semblez vivre cela douloureusement.
F.N: Comme tout vrai corse trahi
dans ses amitiés, j'ai mal aux tripes, c'est pour
cela que je crois très sincèrement savoir ce que ressentent
les Israéliens.
C.I: Justement, pensez-vous qu'il existe
des analogies de situations ?
F.N: Des analogies ! Le mot est
faible.
On jette les israéliens en pâture à l'opinion mondiale,
on jette les corses en pâture à l'opinion nationale.
On ajoute un zeste de clichés éculés, deux pincées
de désinformation, une grosse louche de haine savamment
distillée et ne vous en faites pas, celui là le soufflé,
il ne risque pas de tomber.
C.I: Vos propos pourraient laisser pensé
que vous êtes, si vous me permettez, " anti français
".
F.N: Détrompez-vous. Je fais la
distinction entre l'appareil d'Etat, c'est-à-dire
la structure technocratique et la Nation, l'ensemble
des citoyens, entre le " pays légal" et " le pays
réel ". Aujourd'hui le divorce est consommé.
J'ai eu le plaisir de vivre et de travailler sur
le continent, c'est-à-dire hors de l'île, et je peux
vous dire que dans les régions où j'ai résidé, j'ai
conservé des cercles d'amis, d'une amitié forte, sincère,
qui ne se dément pas dans le temps.
Par ailleurs, pour ne rien vous cacher, je suis un
gaulliste convaincu et membre de l'UMP, le parti du
Président de la République. Cependant, comme vous
pouvez le constater, cet engagement politique ne fait
de moi ni un godillot, ni un eunuque acculturé.
C.I: Vos souhaits pour l'association.
F.N: Qu'elle continue sereinement
son chemin.
L'ouverture d'une filiale à Jérusalem sous l'égide
de mon excellent ami David, dont le grand père est
corse, devrait ouvrir de nouvelles perspectives.
C.I: Vos souhaits pour le site
F.N: Que chacun puisse se forger
une vraie opinion, c'est-à-dire une opinion personnelle
sur les réalités corses et israéliennes.
C.I: Vos souhaits pour la Corse et Israël.
F.N: Aujourd'hui la Corse connaît
de graves tensions communautaires, certains n'hésitent
pas à dire qu'il y a une " libanisation " de la société
insulaire. En ce qui me concerne, je crains qu'il
ne s'agisse plus exactement d'une " palestinisation
" de l'île.
Cependant, je garde confiance, car je sais que des
deux cotés de la Méditerranée il y a des hommes et
des femmes libres qui n'hésitent pas à se battre pour
la vérité, souvent au prix de grands sacrifices.
Mes souhaits se résument à deux mots : PACE
- SHALOM.