C.I: En tant que corse qu'est-ce qui
t'intéresse en Israël.
DM: Israël a réussi à concrétiser
un pays. C'est un espoir pour nous aussi en tant que
minorité pas tant d'être indépendant mais d'être un
peuple debout. Israël est la preuve qu'il n'y a pas
de fatalité à l'oppression.
Israël est un exemple. L'hébreu, langue morte ressuscitée
est aujourd'hui la langue officielle de l'Etat d'Israël.
La réussite économique d'Israël montre que le peuple
juif a réussi malgré tout. Ce peuple méprisé a fait
des merveilles.
C.I: Peux-tu parler au nom des corses?
DM: Non, je donne mon opinion, ma
vision en tant que corse. Il faut encourager les corses
à ne pas se faire récupérer par des pseudo-nationalismes,
ils doivent s'aider de l'exemple d'Israël. Le peuple
juif est animé par une culture d'humanité profonde.
Le fait que le peuple juif ait réussi à guérir ses
blessures et à concrétiser l'existence d'un peuple
sur sa terre et qui avance sans se préoccuper de ce
que pensent les autres est un exemple positif qui
montre qu'on n'a pas besoin de devenir soi-même oppresseur
pour se libérer.
On veut nous faire croire qu'Israël s'est créé sur
une base d'oppression. C'est totalement faux. C'est
la grande différence entre l'indépendance d'Israël
et les autres libérations et indépendances.
C.I: En Israël c'est réussi?
DM: Oui et c'est encore à venir.
Dès la création de l'Etat ils ont assumé le fait de
revenir sur leur terre malgré le risque d'être mal
jugés.
C.I: Transposons à la Corse. Quelle
vision, quel avenir pour la Corse?
DM: La réussite d'Israël c'est aussi
"être" envers et contre tous; inutile d'attendre l'autorisation
de qui que ce soit pour exister. Cette capacité de
dire: je suis dans mon droit, cette terre est la mienne
c'est une justice élémentaire, il n'y a aucune xénophobie
là dedans.
C.I: Qui habite la Corse aujourd'hui?
DM: La Corse n'est pas habitée en
majorité par des corses d'origine. Nous sommes moins
de la moitié je pense.
C.I: Qui d'autre?
DM: Des français continentaux, des
sardes, des portugais et de plus en plus de maghrébins
pour la plupart marocains. Cette situation fait qu'aujourd'hui
les corses sont en minorité de population et en minorité
culturelle.
C.I: Y a-t-il du racisme anti-arabe
en Corse?
DM: Le problème est de plus en plus
complexe. Il y a beaucoup de français non-corses qui
réagissent avec leur propre culture et qui sont racistes.
Pour moi le corse n'est pas raciste à priori, il refuse
simplement d'être écrasé par qui que ce soit.
C.I: Pour toi c'est quoi être corse?
DM: C'est être attaché à sa culture,
à son histoire qui est une histoire douloureuse, à
ses ancêtres. Il faut une racine, un attachement qui
fait que tu es concerné par l'histoire de ce peuple,
sa réalité, ses difficultés. Si tu décides de t'ancrer
sur cette racine, même petite, de revenir en Corse
par exemple, de te réapproprier la langue que tu as
perdue... J'aimerais qu'être corse puisse être comme
être juif: On peut être juif sans vivre en Israël
mais le fait qu'Israël existe est très important.
C'est la même chose pour un corse à part qu'aujourd'hui
les corses en diaspora qui perdent leur corsité n'ont
pas la possibilité de revenir dans un pays authentiquement
corse. La Corse devient de plus en plus une terre
où les corses ne se sentent pas chez eux.
Quand le corse est loin de son île il a l'île dans
son coeur, il a plaisir à rencontrer des corses, à
parler corse... alors que quand il revient en Corse
aujourd'hui, il revient sur une terre qui est en passe
de perdre son âme. Les habitants ne sont plus des
corses, la culture environnante c'est un peu de culture
corse dans un ensemble où la culture française domine.
C.I: Ton mari est continental, est-ce
qu'un continental peut s'intégrer en Corse d'une bonne
façon?
DM: L'important c'est l'attitude
dans laquelle toute personne, quelle que soit son
origine, vient s'installer. Il y a un devoir d'écoute,
d'acceptation de l'autre dans sa différence. Culturellement
c'est difficile pour les français, ils pensent que
leur culture est la meilleure, leur langue la plus
belle. C'est quelque chose qui ne fonctionne pas ici
et qui fait qu'il y a des réactions d'incompréhension
et de défense.
Les français doivent comprendre que leur culture
est une belle culture mais pas forcément la meilleure,
qu'on n'a pas besoin de choisir entre la culture française
et sa propre culture, que les deux peuvent cohabiter,
qu'il y a d'autres manières de voir, de penser et
qu'elles ont aussi leur valeur.
C.I: Pourquoi penses-tu qu'il est important
de faire revivre la langue corse?
DM: La langue n'est pas à regarder
de manière séparée de l'identité d'un peuple. S'il
est juste que le peuple corse, qui a été malmené tout
au long de l'histoire, puisse vivre sur sa terre,
c'est juste et normal qu'il puisse parler sa langue,
car la langue c'est l'âme d'un peuple.
Le peuple corse est en danger de disparition, il
est donc vital de s'accrocher à ce qui exprime l'âme
d'un peuple. Or la langue c'est le moyen d'expression
et de communication entre les différentes personnes
d'une communauté. C'est aussi le ciment d'un groupe,
les gens qui parlent une langue, sont des gens qui
se reconnaissent comme faisant partie de la même famille.
Nous avons rencontré
un groupe d'israéliens à Bonifacio au mois de juillet
2004.
Nous les avons accueillis avec un petit "discours"
en langue Corse traduit en anglais:
Cari amici.Chè vò siate tutti i benvenuti in terra
corsa!
A sà Gallia (a nostra amica), chè tutte è volte ch'ellu
vene ghjente d'Israël si rallegra u nostru core a
mè è a Filippu u mò maritu.
Eiu mi chjamu Dominique, sò corsa, è mi permettu
di sprimami in corsu perchè per mè hè a lingua di
u core, di l'amicizia (mi seria piaciutu di parlavi
in ebreu mà per avà ùn ci sbocu, in inglese un so
tantu sguastra, Filippu éllu vi traducera pocu a pocu
in inglese ciò ch'eiu dicu).
Vi vuleria dì chè vò site a nostra speranza.
A sete di ghjustizia chè vò avete, a forza di vita
ch'hè a vostra, ancu s'elli ci sò tanti è tanti nemighi
chi vi volenu fa smarisce, sara a piu forte.
Suspiremu è aspettemu incù voi ch'ella venga a vostra
ghjustizia.
Ch'appiamu un core dirittu è fidele per aspettà stà
ghjustizia ch'ùn pò mancà d'accade per voi i primi
e per tutti i disgraziatti, tutti quelli chi suffrenu
ò anu suffertu di a gattivera di l'omi. St'omi ch'ùn
stanu à sente chè a sò sete di tichjassi, di prufità,
è d'esse ananta e spalle di u più debule, o sterminendu
quellu chì hè sfarente.
Cari amichi ebrei, vi vurria dì tutta l'amicizia
sincera ch'è a nostra. Ùn sò nimu d'importante. Ùn
aghju nigiunu putere.
Mi face pensa a un affare ch'aghju lettu in un libru
di Marc Alain Ouaknine: "quandu tu sarei davanti a
D.ìu, quandu sara l'ora, D.ìu un t'hà da micca di
: Perche un si micca statu Moise o Abraham?D.ìu t'hà
da dì: Perche un si micca statu te stessu?
Eiu vogliu esse mè stessu; è vi vogliu dà à mò amicizia.
Un avemu nisgiunu putere s'ellu n'hè quellu di a nostra
speranza chì un ghjornu venerà a ghjustizia per voi
altri è per tutti quelli chì l'aspettanu incù pazienza
in stu mondu scemu e gattivu.
Cumè in a storia di Purim ch'ellu accate a tutti
i nemighi d'Israël ciò che hè accatutu a Haman.
Tenite forte! Un vi lacate micca scuragì. Cuntinuete
a circà a esse quale vo site. Un circate micca a assumigliavi
a l'altri; cusi ci date a forza di circà a esse essere
umani diritti chi cercanu a seguidà ciò chi hè ghjustu.
Dominique leur
souhaite la bienvenue et explique qu'elle s'exprime
en Corse car pour elle c'est la langue de ses ancêtres,
la langue du coeur et de l'amitié. Voici la traduction
en français.
"Je voulais vous dire que vous êtes notre espoir.
La soif de justice que vous avez ,la force de vie
qui est la vôtre, même si nombreux sont les ennemis
qui veulent vous faire disparaître, sera la plus forte.
Nous soupirons et attendons avec vous que votre justice
vienne. Puissions nous avoir le coeur sincère et fidèle
pour attendre cette justice qui ne peut manquer d'arriver,
pour vous d'abord et pour tous les malheureux, tous
ceux qui souffrent ou qui ont souffert de la méchanceté
des hommes.
Ces hommes qui n'écoutent que leur soif de se gaver,
de profiter et d'être sur le dos du plus faible, ou
d'exterminer celui qui est différent.
Cher amis hébreux,
je voudrais vous dire toute l'amitié sincère qui
est la nôtre. Je ne suis pas quelqu'un d'important,
je n'ai aucun pouvoir.
J'ai lu dans un livre écrit par M.A. Ouaknine: quand
tu seras devant D. quand l'heure sera venue, D. ne
te demandera pas: pourquoi n'as-tu pas été Moïse ou
Abraham. D. te dira pourquoi n'as-tu pas été toi-même.
Je veux être moi-même - et je veux vous donner mon
amitié- nous n'avons aucun pouvoir si ce n'est celui
de notre espérance qu'un jour viendra la justice pour
vous autres et pour tous ceux qui l'attendent avec
patience dans ce monde fou et méchant.
Tous ceux qui vous ont fait du mal seront eux mêmes
exterminés. Pas vous!
Comme dans l'histoire de Pourim, qu'il arrive à tous
les ennemis d'Israël ce qui est arrivé à Haman.
Tenez bon, ne vous laissez pas décourager, continuez
à rechercher à être qui vous êtes; ne cherchez pas
à ressembler aux autres.
Ainsi vous nous donnez la force de chercher à être
des humains droits qui cherchent à suivre ce qui est
juste."