Interview
Une personne interviewee s'exprime sur la Corse et Israel ...
Dominique Martinetti: Interview du 25/09/2004

C.I: En tant que corse qu'est-ce qui t'intéresse en Israël.

DM: Israël a réussi à concrétiser un pays. C'est un espoir pour nous aussi en tant que minorité pas tant d'être indépendant mais d'être un peuple debout. Israël est la preuve qu'il n'y a pas de fatalité à l'oppression.

Israël est un exemple. L'hébreu, langue morte ressuscitée est aujourd'hui la langue officielle de l'Etat d'Israël.

La réussite économique d'Israël montre que le peuple juif a réussi malgré tout. Ce peuple méprisé a fait des merveilles.

C.I: Peux-tu parler au nom des corses?

DM: Non, je donne mon opinion, ma vision en tant que corse. Il faut encourager les corses à ne pas se faire récupérer par des pseudo-nationalismes, ils doivent s'aider de l'exemple d'Israël. Le peuple juif est animé par une culture d'humanité profonde. Le fait que le peuple juif ait réussi à guérir ses blessures et à concrétiser l'existence d'un peuple sur sa terre et qui avance sans se préoccuper de ce que pensent les autres est un exemple positif qui montre qu'on n'a pas besoin de devenir soi-même oppresseur pour se libérer.

On veut nous faire croire qu'Israël s'est créé sur une base d'oppression. C'est totalement faux. C'est la grande différence entre l'indépendance d'Israël et les autres libérations et indépendances.

C.I: En Israël c'est réussi?

DM: Oui et c'est encore à venir. Dès la création de l'Etat ils ont assumé le fait de revenir sur leur terre malgré le risque d'être mal jugés.

C.I: Transposons à la Corse. Quelle vision, quel avenir pour la Corse?

DM: La réussite d'Israël c'est aussi "être" envers et contre tous; inutile d'attendre l'autorisation de qui que ce soit pour exister. Cette capacité de dire: je suis dans mon droit, cette terre est la mienne c'est une justice élémentaire, il n'y a aucune xénophobie là dedans.

C.I: Qui habite la Corse aujourd'hui?

DM: La Corse n'est pas habitée en majorité par des corses d'origine. Nous sommes moins de la moitié je pense.

C.I: Qui d'autre?

DM: Des français continentaux, des sardes, des portugais et de plus en plus de maghrébins pour la plupart marocains. Cette situation fait qu'aujourd'hui les corses sont en minorité de population et en minorité culturelle.

C.I: Y a-t-il du racisme anti-arabe en Corse?

DM: Le problème est de plus en plus complexe. Il y a beaucoup de français non-corses qui réagissent avec leur propre culture et qui sont racistes. Pour moi le corse n'est pas raciste à priori, il refuse simplement d'être écrasé par qui que ce soit.

C.I: Pour toi c'est quoi être corse?

DM: C'est être attaché à sa culture, à son histoire qui est une histoire douloureuse, à ses ancêtres. Il faut une racine, un attachement qui fait que tu es concerné par l'histoire de ce peuple, sa réalité, ses difficultés. Si tu décides de t'ancrer sur cette racine, même petite, de revenir en Corse par exemple, de te réapproprier la langue que tu as perdue... J'aimerais qu'être corse puisse être comme être juif: On peut être juif sans vivre en Israël mais le fait qu'Israël existe est très important.

C'est la même chose pour un corse à part qu'aujourd'hui les corses en diaspora qui perdent leur corsité n'ont pas la possibilité de revenir dans un pays authentiquement corse. La Corse devient de plus en plus une terre où les corses ne se sentent pas chez eux.

Quand le corse est loin de son île il a l'île dans son coeur, il a plaisir à rencontrer des corses, à parler corse... alors que quand il revient en Corse aujourd'hui, il revient sur une terre qui est en passe de perdre son âme. Les habitants ne sont plus des corses, la culture environnante c'est un peu de culture corse dans un ensemble où la culture française domine.

C.I: Ton mari est continental, est-ce qu'un continental peut s'intégrer en Corse d'une bonne façon?

DM: L'important c'est l'attitude dans laquelle toute personne, quelle que soit son origine, vient s'installer. Il y a un devoir d'écoute, d'acceptation de l'autre dans sa différence. Culturellement c'est difficile pour les français, ils pensent que leur culture est la meilleure, leur langue la plus belle. C'est quelque chose qui ne fonctionne pas ici et qui fait qu'il y a des réactions d'incompréhension et de défense.

Les français doivent comprendre que leur culture est une belle culture mais pas forcément la meilleure, qu'on n'a pas besoin de choisir entre la culture française et sa propre culture, que les deux peuvent cohabiter, qu'il y a d'autres manières de voir, de penser et qu'elles ont aussi leur valeur.

C.I: Pourquoi penses-tu qu'il est important de faire revivre la langue corse?

DM: La langue n'est pas à regarder de manière séparée de l'identité d'un peuple. S'il est juste que le peuple corse, qui a été malmené tout au long de l'histoire, puisse vivre sur sa terre, c'est juste et normal qu'il puisse parler sa langue, car la langue c'est l'âme d'un peuple.

Le peuple corse est en danger de disparition, il est donc vital de s'accrocher à ce qui exprime l'âme d'un peuple. Or la langue c'est le moyen d'expression et de communication entre les différentes personnes d'une communauté. C'est aussi le ciment d'un groupe, les gens qui parlent une langue, sont des gens qui se reconnaissent comme faisant partie de la même famille.

Nous avons rencontré un groupe d'israéliens à Bonifacio au mois de juillet 2004.
Nous les avons accueillis avec un petit "discours" en langue Corse traduit en anglais:

Cari amici.Chè vò siate tutti i benvenuti in terra corsa!

A sà Gallia (a nostra amica), chè tutte è volte ch'ellu vene ghjente d'Israël si rallegra u nostru core a mè è a Filippu u mò maritu.

Eiu mi chjamu Dominique, sò corsa, è mi permettu di sprimami in corsu perchè per mè hè a lingua di u core, di l'amicizia (mi seria piaciutu di parlavi in ebreu mà per avà ùn ci sbocu, in inglese un so tantu sguastra, Filippu éllu vi traducera pocu a pocu in inglese ciò ch'eiu dicu).

Vi vuleria dì chè vò site a nostra speranza.

A sete di ghjustizia chè vò avete, a forza di vita ch'hè a vostra, ancu s'elli ci sò tanti è tanti nemighi chi vi volenu fa smarisce, sara a piu forte.

Suspiremu è aspettemu incù voi ch'ella venga a vostra ghjustizia.

Ch'appiamu un core dirittu è fidele per aspettà stà ghjustizia ch'ùn pò mancà d'accade per voi i primi e per tutti i disgraziatti, tutti quelli chi suffrenu ò anu suffertu di a gattivera di l'omi. St'omi ch'ùn stanu à sente chè a sò sete di tichjassi, di prufità, è d'esse ananta e spalle di u più debule, o sterminendu quellu chì hè sfarente.

Cari amichi ebrei, vi vurria dì tutta l'amicizia sincera ch'è a nostra. Ùn sò nimu d'importante. Ùn aghju nigiunu putere.

Mi face pensa a un affare ch'aghju lettu in un libru di Marc Alain Ouaknine: "quandu tu sarei davanti a D.ìu, quandu sara l'ora, D.ìu un t'hà da micca di : Perche un si micca statu Moise o Abraham?D.ìu t'hà da dì: Perche un si micca statu te stessu?

Eiu vogliu esse mè stessu; è vi vogliu dà à mò amicizia. Un avemu nisgiunu putere s'ellu n'hè quellu di a nostra speranza chì un ghjornu venerà a ghjustizia per voi altri è per tutti quelli chì l'aspettanu incù pazienza in stu mondu scemu e gattivu.

Cumè in a storia di Purim ch'ellu accate a tutti i nemighi d'Israël ciò che hè accatutu a Haman.

Tenite forte! Un vi lacate micca scuragì. Cuntinuete a circà a esse quale vo site. Un circate micca a assumigliavi a l'altri; cusi ci date a forza di circà a esse essere umani diritti chi cercanu a seguidà ciò chi hè ghjustu.

Dominique leur souhaite la bienvenue et explique qu'elle s'exprime en Corse car pour elle c'est la langue de ses ancêtres, la langue du coeur et de l'amitié. Voici la traduction en français.

"Je voulais vous dire que vous êtes notre espoir. La soif de justice que vous avez ,la force de vie qui est la vôtre, même si nombreux sont les ennemis qui veulent vous faire disparaître, sera la plus forte.

Nous soupirons et attendons avec vous que votre justice vienne. Puissions nous avoir le coeur sincère et fidèle pour attendre cette justice qui ne peut manquer d'arriver, pour vous d'abord et pour tous les malheureux, tous ceux qui souffrent ou qui ont souffert de la méchanceté des hommes.

Ces hommes qui n'écoutent que leur soif de se gaver, de profiter et d'être sur le dos du plus faible, ou d'exterminer celui qui est différent.

Cher amis hébreux,

je voudrais vous dire toute l'amitié sincère qui est la nôtre. Je ne suis pas quelqu'un d'important, je n'ai aucun pouvoir.

J'ai lu dans un livre écrit par M.A. Ouaknine: quand tu seras devant D. quand l'heure sera venue, D. ne te demandera pas: pourquoi n'as-tu pas été Moïse ou Abraham. D. te dira pourquoi n'as-tu pas été toi-même.

Je veux être moi-même - et je veux vous donner mon amitié- nous n'avons aucun pouvoir si ce n'est celui de notre espérance qu'un jour viendra la justice pour vous autres et pour tous ceux qui l'attendent avec patience dans ce monde fou et méchant.

Tous ceux qui vous ont fait du mal seront eux mêmes exterminés. Pas vous!

Comme dans l'histoire de Pourim, qu'il arrive à tous les ennemis d'Israël ce qui est arrivé à Haman.

Tenez bon, ne vous laissez pas décourager, continuez à rechercher à être qui vous êtes; ne cherchez pas à ressembler aux autres.

Ainsi vous nous donnez la force de chercher à être des humains droits qui cherchent à suivre ce qui est juste."

 
 
 
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