PLEURE MON CUR , PLEURE
Mes yeux n'ont plus de larmes, devant tant de souffrances,
tant de désespérance
.
Tous ces jours de peur, d'angoisse, de froidure, et
de faim,
Et la mort, là, soudain, qui rôde à
chaque respiration de vos pauvres vies,
Cette vie qui s'éteint, par le feu, la faim,
le gaz ou la maladie
.
Et vous, gens d'alentours, vous n'avez jamais rien
dit !
Silence qui tue !
Comment oublier ses pleurs de tous ces gens :
Mères écartelées, enfants angoissés,
affolés,
Et tous ces corps ! ces pauvres corps ! Monceaux dos
effondrés
Et pourtant, juste un peu de temps avant, dans le
temps d'avant,
Ils contenaient la vie
..
Avant que vous arriviez là, à pleines
fournées, vos pauvres corps, avaient
Chacun sa vie, son histoire, sa mémoire...
Ils avaient un travail, une famille, des pères,
des mères, des enfants bien à eux,
et c'était le temps où ils étaient
heureux et ils ne le savaient pas !
Oh le nombre des enfants !.. Le regard des enfants..
Toutes ces vies perdues, gachées à jamais...
Comment ne pas hurler ! comment ne pas pleurer , quand
vous les regardez ...
Nos mots, nos pauvres mots , sont bien nuls en effet,
Pour décrire l'horreur que ces gens ont vécue,
jour après jour, nuit après nuit,
Jusqu'au moment où tout bascule dans le soufre
d'enfer,
ces vapeurs qui étouffent dans les cris et
les pleurs !
Oh ces cris de douleur !
Et puis, par quel miracle, eux-mêmes ne le
savent,
Il y a ceux qui s'en sortent, il y a ceux qui repartent,
les yeux hagards, les coeurs brisés, la démarche
hallucinée...
Encore les pleurs, les peurs, mais aussi, l'esquisse
dun sourire...
Ce peut-il quils veulent encore un réapprendre
à vivre ?
Ils se hatent lentement, hors des camps de la mort,
tout surpris d'être là encore !...
Cependant, tous porteurs de la même souffrance,
coupables d'exister encore !
Mais la vie en eux, était tellement chevillée
à leur corps,
Qu'ils ont tenu au milieu de leurs morts !.....
Un à un ils s'en vont de ce triste lieu, une
autre vie commence,
Mais leur âme est là-bas, et leur coeur
est béant, on le leur a volé... !
La plupart de ces gens, ont reconstruit leur vie.
Ils ont une famille, des enfants, des amis,
Mais, comment oublier, l'autre part de soi-même,
qu'on a laissé là-bas,
Et qui, nuit après nuit, ressurgi du passé,
mêlant les souvenirs à la réalité,
et qui jour après jour ne cesse de vous hanter
?......
Et pour parler de « ça « , il
faudra des années !...
Il a fallu en effet des années, pour que les
mots,
Tels des oiseaux en cage, se libérent, et viennent
avec vous , nous les partager...
Soixante ans sont passés, et nous voilà
ce soir,
Soixante ans que les camps ont été libérés
, et vous pouvez venir témoigner du passé
!...
Vous avez tous vieillis, mais avec dignité,
il vous reste l'honneur de devoir partager
Tous ces moments d'angoisse, ces vies fracassées
que vous avez connu,
Vous entrez dans l'histoire en passeur de mémoire,
Pour ces millions de gens qui eux, nont pas
pu parler
..
Alors, après les discours, les honneurs mérités,
des bougies ont été allumées,
Ces flammes qui scintillent dans l'air glacial du
camp, sont autant d'étoiles d'or,
Sur votre coeur posé, et cette fois,
Non pour vous mépriser, mais pour vous honorer
!...
Pleure mon coeur, pleure, console mon
peuple,
et tiens-toi là, tout près de ces enfants,
tout près de ces parents du passé et
du présent.
Que ces paroles aillent vers tous ceux d'Israël
qui continue à lutter pour être reconnu
des nations.
SUZANNE CLINI le 27.01.2005
pour le 60ème anniversaire de la libération
d'Auschwitz.