Portraits
Une personne interviewee s'exprime sur la Corse et Israel ...
Corse-Israel interview Fabien Caratini, de mère juive et de père corse.

Corse-Israel : Fabien Caratini, parlez-nous de vous. Quelles sont vos origines?

Fabien Caratini : J'ai 19 ans et je suis étudiant en archéologie. Ma famille du côté de ma mère est sépharade de Salonique, celle du côté de mon grand-père paternel est corse et celle du côté de ma grand-mère paternelle est provençale. Moi, je suis de Marseille.

C-I : Marseille, c'est une ville symbolique pour les Corses et les Juifs

F.C : Ma ville est un lieu où ces deux cultures se sont rencontrées et côtoyées.
Les juifs de Salonique ont fuit les persécutions dues à l'arrivée au pouvoir de la ville des grecs orthodoxes, au début du XX° siècle.
Les corses ont en quelque sorte fuit la crise économique qui a commencée à sévir sur l'Isola Bella au XIX° siècle.
Marseille, et plus précisément le quartier du Panier, a recueilli ces nouveaux immigrés, ils se sont notamment retrouvés aux côtés des provençaux, des napolitains et des piémontais.
Ce quartier est donc une sorte bouillon de culture dont je suis issu.

C.I : La référence aux passé et aux origines est importante pour vous?

F.C : Je trouve que la diversité culturelle des origines est une chose magnifique dont on peut, et doit, être fier car on hérite des us et coutumes de nos ancêtres, ainsi que de leur savoir.
Pour moi, les origines forment l'homme, ses pensées et ses principes de vie et sont importantes pour celui-ci. Il arrive souvent que l'on ne sache pas où l'on va, mais on aura toujours une valeur sûre quoiqu'il arrive : on sait d'où l'on vient.
Je pense que notre "salut" viendra de la connaissance de notre passé. C'est d'ailleurs pour cela que je suis passionné d'histoire, mais pas seulement la mienne puisque je fais des études afin d'être égyptologue. Dans ma famille, il y a d'ailleurs plusieurs historiens et passionnés d'histoire comme moi.

C.I : Effectivement votre nom est loin d'être inconnu des historiens. Quelle est votre relation avec la Corse ?

F.C : Je garde des liens très forts avec la Corse. Je vais chaque année dans la maison familiale du Cap, dans un très joli village corse qui a su conserver une mentalité traditionnelle.
J'ai l'intention d'apprendre plus profondément la langue corse car il s'agit du moyen privilégié d'acculturation et de diffusion des traditions ancestrales d'un peuple.
La Corse est pour moi comme un paradis terrestre à cause de ses conditions de vie propres à l'insularité; elles se rapprochent un petit peu de celles du XIX°, avec cependant toute la modernité actuelle. Jy vais pour m'y ressourcer, pour mener une autre vie le temps de quelques semaines dans l'année.
Autant j'ai vraiment du mal à quitter mon pays d'origine (la Provence), autant je compte scrupuleusement les jours qui me séparent de mon prochain retour dans mon autre pays (la Corse), c'est comme une Terre Sainte.

C.I : Et votre relation avec Israël ?

F.C : Je n'ai malheureusement jamais eu la joie de m'y rendre mais j'aimerais y aller au moins une fois dans ma vie, un peu comme un pèlerinage en Terre Sainte (bien que je ne sois adepte d'aucune des religions dites du Livre). C'est là où se trouvent les derniers gros foyers sépharades au monde (à cause de la Shoah), ainsi que leurs traditions. Et si je revendique mes origines juives, c'est parce que je considère le judaïsme comme un ensemble culturel plutôt que comme une religion.

C.I : En connaissez-vous les différents aspects culturels ?

F.C : Il y a deux composantes principales, les ashkénazes et les sépharades, dont je fais parti. Toujours à cause de cette identification culturelle dont j'ai parlé, j'aimerais aussi apprendre la langue sépharade ou l'hébreu car je n'ai pas beaucoup d'attache avec ce monde, si ce n'est par ma grand-mère avec laquelle je discute beaucoup.
C'est d'ailleurs parce que je ne sais pas grand-chose sur les sépharades que je tente d'améliorer mes connaissances sur mes origines par une recherche constante, car il n'est jamais bon d'oublier le passé.
Ce que je dis prend encore beaucoup plus de sens en cette année 2005 où on a célébré le soixantième anniversaire de la libération des camps d'exterminations nazis. Beaucoup de personnes aimerait que cette sombre partie de l'histoire humaine passe à la trappe. C'est pour cela qu'il faut inciter les gens, et plus particulièrement les jeunes, à se souvenir de ce qui s'est passé afin d'éviter que d'autres peuples ne subissent le même sort.

C.I : On vous sent ému et en même temps irrité

F.C : Ma famille a été victime des Allemands. Mon grand-père paternel est entré dans les FFL, mon grand-père maternel était aussi membre de la Résistance. Une très grande partie de ma famille du côté de ma mère a été déportée et même si je n'ai pas connu ces faits, je ne peux vous cacher une certaine amertume., D'autant que certains cerveaux nazis ont même été récupérés dans le cadre de la guerre froide par l'Est comme par l'Ouest, et que certains vivent encore, en toute impunité, sous le soleil sud-américain, et même en Europe.

C.I : Vous pensez que la politique ne peut s'accommoder de contradictions, si ce n'est de compromissions ?

F.C : Au niveau politique, je ne suis pas très actif, mais j'ai un parti pris assez extrémiste, plutôt nationaliste et anti-impérialiste. Mais d'un extrémiste ni de gauche, ni de droite. D'ailleurs vous savez, une des conditions pour avoir la nationalité marseillaise est d'avoir des origines étrangères (comme moi) ou d'être étranger soi-même. Et je ne me sens pas français, mais provençal. Je suis très attaché à cette culture et je rêve, comme beaucoup de gens, d'une Provence totalement indépendante du pouvoir centralisé parisien. Mais cela c'est une autre histoire.

C.I : Et votre vision politique de la Corse ?

F.C : Puis-je dire ouvertement le fond de ma pensée ?

C.I : Comme vous avez pu le constater, le site est ouvert aux opinions les plus diverses

F.C : Je ne serai pas choqué par le fait qu'un jour la Corse soit indépendante et voit le retour d'une grande partie de la Diaspora, comme Israël regroupant une grande partie des communautés juives.
Concernant Israël, Il faudrait qu'un jour palestiniens et israéliens, juifs et musulmans vivent enfin paix. Mais tant qu'il y aura des dirigeants et leurs alliés qui ne voudront pas de cette paix, il n'y en aura pas. Ce qui est regrettable, c'est qu'un musulman ne puisse pas vivre à côté d'un juif. Pourtant, moi à Marseille, je n'ai jamais eu de problèmes avec mes amis musulmans, ils connaissent pourtant mes origines.

C.I : Que pensez-vous de l'image de la Corse et d'Israel dans les médias ?

F.C : La Corse et Israël sont victimes des médias qui généralisent des cas isolés. Ainsi, on traite tous les corses et les israéliens (et, dans une plus large mesure, tous les juifs) de racistes. Beaucoup d'individus tentent de protéger leur culture, certains essaient d'imaginer des solutions structurelles d'autres ont recours à des moyens plus radicaux, ce sont ces derniers que l'on place sous les feux de l'actualité. En Corse et en Israël, pays en plein cœur de l'actualité, on nous montre souvent l'aspect le plus violent des choses, impliquant des stéréotypes visant notamment à décrédibiliser la Corse et Israël aux yeux de la communauté internationale.

C.I : Passions pour Marseille, pour la Provence, Israël et la Corse, mais aussi pour le foot

F.C : Etant Marseillais, je suis né avec la passion du football. Je supporte l'OM comme se doit de le faire tout bon marseillais qui se respecte mais je suis aussi supporters des corses notamment le Sporting Club de Bastia. Je suis d'ailleurs assez triste qu'il lutte contre la relégation et que l'AC Ajaccio fasse de même. Il y a aussi d'autres clubs corses en National et en CFA dont j'espère la montée en division supérieure.
De plus loin, je suis l'actualité du foot israélien ; ses clubs de football qui évoluent dans un championnat et dans nos coupes européennes, mais aussi l'équipe nationale d'Israël qui est en passe de se qualifier pour la prochaine coupe du Monde, en Allemagne, en 2006.

C.I : Coment avez-vous connu l'association Corse-Israël, son site et son forum ?

F.C : J'ai découvert par hasard cette association qui vise à rapprocher les deux communautés corses et israéliennes. Comme je suis concerné, j'ai très vite apprécié son objectif, et j'invite le plus grand nombre à participer, comme moi, au forum du site.
Le site est vraiment enrichissant et accueillant et me permet, en quelque sorte, de rester en contact avec mes origines, mon paradis terrestre, la Corse et ma terre promise, Israël.

Je souhaite à l'association une longue vie et une bonne réussite.

Shalom, Pace et Salute à tous.

     
 
 
 
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