Interview
Une personne interviewee s'exprime sur la Corse et Israel ...
Interview de Daniel Bueno

Corse-Israel : Bonjour Dany, tu es Juif et tu habites en Corse à Bastia. Depuis combien de temps?

Daniel Bueno: Mon ex-épouse est corse, née à Bastia. Elle est originaire d'un petit village très typique près d'Orezza en Castagniccia nommé Rappaggiu. Nous avons vécu en Afrique et, comme tout corse qui se respecte, nous revenions au village à chaque vacances. Ces villages qui sont presque déserts l'hiver et qui se repeuplent l'été . Tous les ans mes enfants s'y retrouvaient pour le traditionnel gâteau d’anniversaire et maintenant ce sont aussi les petits enfants. C'est un vrai bonheur ! C'est ce qui m'a fait aimer la Corse et son esprit. Je vis à Bastia depuis 1999 quand j'ai pris ma retraite.

C.I: Comment perçois-tu les Corses?

D.B: Je dirais qu'ils sont d'un contact facile et d'un abord difficile. Je m'explique: un abord difficile si on a vis à vis de lui des a priori ou des craintes. Par contre si on sait aller vers lui il est ouvert. C'est quelqu'un de droit et franc. Ce que j’aime beaucoup ici à Bastia c’est qu’on te connaît ,on t’interpelle ,un clin d’œil ,un sourire, c’est franc ,c’est direct !Une petite anecdote: j'étais en Mauritanie dans le cadre de mon travail juste pendant la guerre de Kippour. C'est un pays islamiste et à cette époque c'était particulièrement difficile pour les juifs; j'étais seul dans un environnement hostile et inquiet pour Israël. Et là j'ai rencontré un corse qui m' a accueilli très chaleureusement la Corse nous a rapproché. Ce partage d'amitié à un moment difficile m'a été particulièrement précieux.

CI: Quels points communs vois-tu entre les Juifs et les Corses?

D.B: Tout Juif a au fond du cœur Israël, et c'est très important pour un Juif même s'il n'y vit pas. Depuis 1948 nous avons une terre, un sol où se réfugier en cas de problème. Les Corses aussi sont très attachés à leur terre. La terre, c'est l'identité de la personne. Autre chose, les Corses n'ont jamais été expansionnistes. Ce sont des gens qui savent ce qu'ils ont et qui l'exploitent pour mieux vivre.

C.I: Ils se sont très bien adaptés partout, c'est encore un point commun avec les Juifs.

D.B: C'est vrai, c'est quelque chose qu'on apprend à l'école de la vie. Ils se sont adaptés, fondus dans le paysage tout en gardant leur éducation et les traits fondamentaux de leur culture: le respect de la famille, le maintien des traditions, la volonté de savoir transmettre...

C.I: Dans les media aujourd'hui on parle beaucoup de racisme en Corse. Culturellement un Corse peut-il être raciste? Les Juifs sont-ils concernés par ce problème?

D.B: Difficile question. Il faut savoir ce qu'on entend par raciste. Ce n'est pas parce que je n'aime pas me faire cracher à la figure que je suis raciste ! On a persécuté les juifs pour ce qu'ils étaient; or aujourd'hui en Corse, on ne juge pas les maghrébins pour ce qu'ils sont mais pour ce qu'ils font ou ce qu'ils font subir à la société. C'est un problème d'immigration, ce n'est pas un problème de racisme. Pour moi il est impensable qu'un corse soit raciste! Pendant la deuxième guerre mondiale ils l'ont d'ailleurs prouvé. Non seulement ils ont fait en sorte qu'aucun juif de Corse ne soit déporté mais ils ont aidé activement les familles dont les hommes avaient été regroupés à Asco. Il y a eu des Justes en France, mais en Corse ils ont aidé activement et de façon toujours discrète. C'est une qualité que j'apprécie beaucoup, cette discrétion; on fait sans le dire parce qu'on sait très bien qu'il y a quelqu'un là haut qui le voit et ça suffit.

C.I: Autre chose?

D.B: Oui, je voudrais revenir sur la genèse de notre rencontre avec Dominique Martinetti. Je suis tombé un jour sur un article dans le journal Corse Matin écrit par Dominique et qui parlait de soutien à Israël. Quand j'y repense j'ai envie de pleurer. Elle a vu l'exemple d'Israël et elle s'est dit: pourquoi la Corse ne prendrait pas exemple sur Israël? Nous nous sommes rencontrés par la suite et nous avons évoqué la Diaspora. Je lui ai dit que la Diaspora était un levier de développement pour Israël, la Diaspora est complémentaire. A mon avis, la Diaspora corse devrait penser un peu plus à sa Corse, pas juste venir pour les vacances, vanter le Corse dans un salon parisien ou simplement avoir la nostalgie de la Corse d'avant. Il faut agir ! A ce propos, l'exemple de Jean-François Bernardini (chanteur du groupe I Muvrini) qui met en place une "Fondation pour la Corse" me paraît très positif. Il a très bien perçu que c'est par l'ouverture que la Corse va arriver à quelque chose. Il faut aussi que ceux qui sont à l'extérieur viennent vers ceux qui sont à l'intérieur.

C.I: Que penses-tu du site Corse-Israël?

D.B: En lisant les remarques faites par les Iisraéliens c'est formidable de voir que sans connaître encore la Corse ils voudraient la visiter, ça prouve que la Corse a, aux yeux des israéliens une belle image du point de vue du comportement humain, de la richesse géographique et de l'accueil touristique.

C.I: Quelle belle conclusion!

D.B: N'est-ce pas !
 
 
 
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