Corse-Israël : Bonjour Jane, veux
tu te présenter à nos internautes ?
J.B: Bonjour, je suis
née en Corse, à Ajaccio. Mon père,
originaire du Cap Corse et ma mère de Balagne
se sont ensuite installés à Bastia où
j'ai passé toute mon enfance, mon adolescence
jusqu'à mon départ pour Marseille à
l'âge de 19 ans.
Au décès de mon père, je suis
retournée quelques années en Corse puis
j'en suis repartie pour Grenoble, pour enfin atterrir
à Paris où je réside depuis 12
ans.
Corse-Israël : Quelles sont pour
toi les points communs entre Israël et la Corse
?
J.B: D'abord, je parlerai
des points communs entre les Corses et les Juifs,
et celui qui me parait essentiel, c'est le sentiment
très fort d'appartenance à un peuple
qui refuse de se laisser absorber et qui a toujours
prouvé que cela était possible.
C'est une conscience aiguë de son identité
et sa détermination à la préserver.
C'est le savoir d'une réalité indestructible.
Dans la tradition hébraïque, le mot Tsedaka
que l'on emploie pour charité, a une place
majeure, car sa signification première est
Justice.
Et je reste persuadée, malgré l'image
déformée que l'on donne des Corses,
que le besoin impérieux de justice est ce qui
les caractérise le mieux.
Concernant la Corse et Israël, c'est l'endroit
de la méditerranée où deux langues
que l'on croyait ou que l'on voulait mortes se portent
de mieux en mieux.
Ce sont deux terres, petites par la taille, mais grandes
par leur caractère particulier, que certains
ont tendance à diaboliser.
Corse-Israël : Parles tu le Corse
et l'Hébreu ?
J.B: Je comprends le Corse,
bien sur, mais je le pratique peu. Quant à
l'Hébreu, je l'étudie depuis quelques
années et c'est l'apprentissage le plus passionnant
que je connaisse.
Chaque mot, chaque lettre a une histoire intarissable,
c'est un émerveillement sans fin.
Corse-Israël : Que peux
tu dire, concernant l'accueil des Corses vis-à-vis
des étrangers ?
J.B: A ce propos, je dois
dire que certains articles parus dans les journaux
nationaux ces derniers temps accusant les Corses de
racisme m'ont vivement irritée.
Tout d'abord, parce que jamais, durant toutes les
années que j'ai passées en Corse, les
divergences ou les animosités, voire les disputes
les plus vives, n'avaient de base raciste, car la
colère des Corses n'est pas de cet ordre là.
Quand aux Juifs corses, ils étaient d'abord
Corses, sans distinction.
Pour moi Lévi était un nom corse au
même titre que Paoli ou Cohen et personne n'était
désigné en fonction d'une quelconque
appartenance religieuse, mais plutôt politique,
comme partout ailleurs.
Il faut dire, pour être tout à fait honnête,
que les Corses, s'ils ont le sens de l'hospitalité
et la curiosité de la nouveauté, ont
aussi toujours été très attentifs
et un tant soit peu méfiants vis à vis
des populations arrivant en grand nombre sur leur
île.
Il faut dire aussi que la plupart de ces immigrés,
je pense aux italiens en particulier, se sont intégrés
complètement dès la deuxième
génération sans poser de problème.
Le mot racisme est totalement inapproprié aux
Corses, et lorsqu'ils manifestent un quelconque rejet,
c'est davantage parce que leur conception du respect
et de la dignité s'inscrit dans un mode de
vie qui leur est propre et qu'ils ne sont pas prêts
à laisser se dégrader pas plus qu'ils
ne sont prêts à se laisser imposer des
lois qui ne sont pas les leurs.
Qui oserait les en blâmer ? Pourtant les Français
les perçoivent de manière négative,
alors qu'ils ne font que défendre leurs valeurs,
car la désinformation les frappe de plein fouet
comme elle frappe les Israéliens, même
si les conséquences dans l'île sont moins
graves.
Corse-Israël : Qu'est-ce qui t'a
amenée à Israël ?
J.B: Plusieurs choses
ont convergé : Je suis d'abord tombée
amoureuse de l'Hébreu, à travers les
chansons de Boaz Shrabé , Shlomi Shabat et
Mordekhaï Ben David entre autres, et j'ai voulu
comprendre cette langue. Je suis donc retournée
à l'école, à l'Oulpan plus précisément.
Cela m'a amenée à approfondir ma connaissance
de l'histoire d'Israël depuis l'Epoque Biblique
jusqu'à nos jours en passant par les diasporas
dans le monde et le cortège des expulsions
et massacres que l'on connaît, mais aussi à
l'apport incalculable que ces populations ont laissé
derrière elles.
Je me suis sentie concernée par ce parcours
pluri millénaire.
Ma sur m'a rappelé que ma mère
nous faisait une robe blanche pour Rosh Hashana et
nous emmenait à la synagogue, elle m'a aussi
fait constater que je parlais souvent d'Israël
Corse-Israël : et tu es partie
?
J.B: Je suis donc partie
en 94 et depuis j'y vais 2 à 3 fois par an,
pour soutenir suivant mes moyens ce pays merveilleux
dont personne ici ne vante les mérites extraordinaires,
tant au niveau technologique et scientifique qu'au
niveau humain avec le mixage le plus fabuleux de cultures
diverses.
Aucun pays au monde n'a réalisé autant
de prouesses en si peu de temps, dont le monde entier
tire les bénéfices sans que jamais les
louanges ne transpercent le flot des critiques.
Mais j'y vais aussi pour mon plaisir, et je conseille
à tous les Corses qui refusent d'absorber comme
des éponges les images qu'on veut bien leur
montrer dans les médias, d'aller voir de leurs
propres yeux comment se conjuguent courage et création.
Je dois ajouter qu'une fois par an, je m'associe aux
volontaires de Sarel qui est une association créée
à l'initiative du Général Davidi
et qui organise des séjours dans les bases
de Tsahal afin d'aider bénévolement
à des tâches diverses qui permettent
de soulager les militaires tant sur le plan pratique
que sur le plan moral.
Cette expérience permet aussi de mieux connaître
ces jeunes israéliens et de mesurer la responsabilité
qu'ils endossent dès leur majorité pour
défendre leur terre.
Corse-Israël : Envisages tu de
t'y installer ?
J.B: Oui, c'est un des
projets qui me tient le plus à cur, j'espère
d'ici peu faire partie des électeurs israéliens
! Je pars au mois d'avril y chercher un appartement,
et retrouver mes amis.
A ce propos, lorsque j'ai vu Vicky sur votre site,
je me suis empressée de lire son interview
et ce que je pensais s'est confirmé : j'ai
joué à " la dinette " avec
elle vers l'âge de 7 ans durant les vacances
d'été qu'elle a passées à
San Martino di Lota, au hameau de Canale, à
l' " hôtel " d'Angèle et Arno
Benigni ; je me souviens très bien d'elle et
de sa sur Daisy et j'espère la rencontrer
bientôt à Eilat, grâce à
vous !
Je souhaite aussi que votre site suscite des coopérations
de toutes sortes, entre la Corse et Israël, tant
au niveau artistique qu'au niveau touristique et bien
d'autres encore
Je suis persuadée que de nombreuses vocations
naîtront de cette initiative.